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Selon Kris Berwouts, spécialiste du Congo, l'élection de l'opposant Félix Tshisekedi au poste de président donne au camp du président sortant Joseph Kabila un argument pour faire annuler le scrutin par la Cour constitutionnelle, en raison du diplôme prétendument falsifié du nouvel élu. Ces derniers jours est née la rumeur qu'un accord se préparait entre l'entourage de Tshisekedi et celui de Kabila. "Kabila a postposé les élections tant que ce fut possible et quand ce ne le fut plus, il a tenté d'en garder le contrôle en désignant un successeur. Le but était de proclamer la victoire de Shadary mais son score a été trop médiocre, il a donc fallu trouver un accord avec Tshisekedi", affirme M. Berwouts.

L'expert estime qu'il va falloir attendre les réactions que cela suscitera tant au Congo qu'à l'étranger. Le candidat d'opposition Martin Fayulu, qui termine deuxième selon la commission électorale, a déjà rejeté les résultats. Les observateurs de la conférence épiscopale avaient annoncé la victoire de Fayulu et Kris Berwouts a reçu des informations allant dans le même sens via son réseau de contacts. Il est donc important que les évêques puissent produire des résultats détaillés.

Il faudra être attentif à la réaction de la rue, des cadres du parti de la majorité, et aussi de l'armée. "Le candidat de la majorité a été désigné par un groupe très restreint de gens. La question est de savoir ce que vont faire ceux qui ont dû mettre leurs ambitions en sourdine en faveur de Shadary. Cela va peser lourdement sur la cohésion à l'intérieur du parti ou ce qu'il en reste", pense Kris Berwouts.

La réaction de la communauté internationale est importante également, notamment celles des pays africains. La Communauté de développement d'Afrique australe (CDAA) avait appelé avant le scrutin à ce que la volonté de l'électeur soit respectée. "Les pays africains s'inquiètent de voir l'instabilité au Congo avoir un impact sur leur développement économique propre. Ils ont mis la pression lorsqu'il est apparu que Kabila ne parvenait pas à assurer la stabilité. Il faut voir maintenant si ces pays considèrent ce résultat comme rassurant ou s'ils vont continuer à faire monter la pression".

Kris Berwouts souligne encore que Félix Tshisekedi est sous pression depuis un moment, depuis que des rumeurs affirment que son diplôme obtenu en Belgique est un faux. Une info qui a pu être vérifiée par La Libre Belgique. "Les documents officiels qui le prouvent sont arrivés avant-hier. Il pourrait donc encore être disqualifié et on pourrait choisir annuler l'élection", explique M. Berwouts. C'est la Cour constitutionnelle qui devra en décider et la majorité des juges est proche du clan Kabila. Kris Berwouts estime que l'annulation en raison des doutes sur le diplôme est une option depuis le début en cas de victoire de Tshisekedi. Si ça devait se produire, il faudrait organiser de nouvelles élections et Kabila resterait donc au pouvoir. "Le fait aussi que les élections n'ont pu se tenir dans trois régions est une raison suffisante aux yeux de la Cour constitutionnelle pour annuler le scrutin".