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L’Amérique continue d’exercer une fascination chez les Européens et si l’on veut savoir quelles sont les racines de ce lien presque viscéral, il faut se rendre à partir de ce vendredi 15 octobre au site de Tour & Taxis, à Bruxelles, où s’ouvre l’exposition "L’Amérique, c’est (aussi) notre histoire".

Sur le modèle bien rodé des expositions " C’est notre histoire ", celle-ci se penche sur les échanges entre les deux continents américain et européen, des premiers colons du "Mayflower" jusqu’aux touristes de l’été dernier, ravis de profiter de la faiblesse du dollar.

L’Amérique fait rêver comme Paris a inspiré les artistes américains, et le mérite de cette exposition interactive, ponctuée de repères chronologiques, est de souligner que l’un n’aurait pas existé sans l’autre.

On rappelle souvent que les Américains sont venus à deux reprises au vingtième siècle sauver le continent européen des démons du nationalisme - il y eut jusqu’à 1,2 million de soldats américains en Europe en 1917, souligne Elie Barnavi, l’un des conseillers scientifiques de l’exposition - mais on sait moins que les principaux fabricants du rêve américain furent des émigrants d’Europe centrale d’origine juive qui s’installèrent à Hollywood.

L’exposition s’articule autour de quatre périodes, quatre "mouvements" dans le jargon de ses créateurs : "l’Amérique européenne" des premiers immigrants au XVII et XVIIIe siècles, "l’A mérique américaine" qui vole de ses propres ailes au XIXe siècle, affranchie par la doctrine Monroe et tentée par l’isolationnisme, "l’Europe américaine" au XXe siècle, secourue par deux fois, et la recherche d’un équilibre au XXIe siècle, dans un vieux couple confronté au 11-Septembre et à l’émergence de nouvelles puissances comme la Chine et le Brésil.

Les organisateurs du musée de l’Europe ont puisé dans leur réseau de relations pour trouver quelques pièces de collection. On admirera la maquette du "Belgenland", un paquebot de la Red Star Line qui assurait la liaison entre Anvers et New York pour transporter les immigrants tentés par le Nouveau Monde. On apercevra aussi une miniature de la statue de la Liberté offerte au capitaine de la frégate française qui achemina le vraie statue vers le port de New York en 1885. Cette pièce vient du musée franco-américain de Blérancourt. Les amateurs des années 60 et 70 - il y en a de plus en plus - trouveront quelques objets cultes de la vie quotidienne d’alors, comme une caisse enregistreuse d’un Delhaize ou le programme du festival de l’île de Wight en 1970, à faire pâlir tout amateur de rock.

Au gré des étapes, des extraits de films d’Hollywood sont offerts, de même que des bornes musicales offrent un répit.

Le visiteur est accueilli par une vidéo de Gary Hill (voir article ci-contre), présentant des Américains en station debout et en silence. Il quitte l’exposition sur fond d’une plage s’élançant vers la mer, symbolisant l’appel vers le lointain de l’autre continent.

Entre ces deux repères, il évolue dans différentes atmosphères, passe dans un wigwam indien, traverse le pont d’un bateau, se familiarise avec les dix premiers amendements de la Constitution américaine ou les écrits d’Alexis de Tocqueville. Autour d’une table ronde illustrant la guerre froide, les visiteurs peuvent tester leurs connaissances.

Le plus éclairant est l’évolution des populations du continent nord-américain, en ouverture de chaque section. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 1650, on dénombrait grosso modo 4 millions d’Amérindiens et 50 000 Européens blancs. Deux cents ans plus tard, en 1850, les Etats-Unis comptaient 20 millions de Blancs, 3,5 millions de Noirs, issus de l’esclavagisme, et seulement 250 000 Amérindiens.

"L’Amérique, c’est (aussi) notre histoire " est un parcours plaisant et instructif dans la "relation spéciale" qui lie les deux rives de l’Occident. Chacun y retrouvera "le petit morceau d’Amérique" qui sommeille en lui.

L’exposition déçoit cependant par son côté très généraliste et par l’impasse qui est faite sur le rôle que l’Otan et l’Union européenne jouent entre les deux mondes, singulièrement depuis la chute du mur de Berlin et la guerre en Afghanistan. L’Alliance atlantique est la priorité de toutes les administrations américaines. Elle apparaît si peu, et c’est dommage, dans l’exposition. Ce n’est pas une raison pour l’ignorer.