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Eva Joly, 68 ans, a finalement capté l’attention des médias français au cours de la campagne électorale, mais par pour ses idées : pour la lourde chute qu’elle a faite dimanche soir dans un cinéma parisien, où elle a perdu brièvement connaissance.

La candidate écologiste va reprendre sa campagne ce mardi, selon son entourage, après avoir été soignée à l’hôpital Cochin de Paris.

En fin de compte, la principale information de cet épisode est à ce à quoi on a échappé : si la candidate franco-norvégienne avait été plus fortement atteinte, le Conseil constitutionnel aurait pu postposer le premier tour de la présidentielle d’au plus 35 jours.

L’Article 7 de la Constitution française prévoit en effet un report des élections si l’un des candidats décède ou se trouve empêché. " Si, avant le premier tour, un des candidats décède ou se trouve empêché, le Conseil constitutionnel prononce le report de l’élection" , dit précisément l’Article 7.

De la même façon, le Conseil doit demander de recommencer les élections si l’un des deux candidats restant en lice au second tour décède ou se trouve empêché.

Mais il n’y a pas empêchement. Selon l’administration des hôpitaux de Paris, " les investigations cardiovasculaires ont été négatives, la chute est donc très vraisemblablement d’origine mécanique" . La candidate souffre néanmoins de " plusieurs hématomes superficiels du visage et de la paupière droite" , précise les services hospitaliers de Cochin.

Eva Joly est décidément une candidate atypique dans cette présidentielle où les principaux candidats sont sous haute surveillance médiatique. Lorsque sa mésaventure lui est arrivée, elle était toute seule dans un cinéma de Montparnasse, comme elle en a l’habitude les dimanches soirs. Le film était "38 témoins" du réalisateur belge Lucas Belvaux. Elle a chuté dans un escalier en sortant du cinéma.

Créditée de 2 % des intentions de vote, la candidate ne parvient pas à décoller dans la campagne et subit des critiques même de ceux qui auraient dû la soutenir, comme Nicolas Hulot. Ce dernier a indiqué dimanche soir sur France 2 qu’il allait voter "pour la planète" et pas nécessairement pour la candidate des Verts.

Les thèmes de l’environnement sont complètement absents de la campagne malgré le fait que Total se bat depuis le 25 mars pour colmater une fuite de méthane sur l’une de ses plateformes en mer du Nord. Un bateau de Greenpeace y a détecté hier une nappe d’hydrocarbures qui selon Total aurait dû s’évaporer.

Eva Joly, qui s’est engagée dans les rangs écologistes en 2008 via les élections européennes, prône une "écologie de combat". Son programme propose par exemple de faire de la France " un leader industriel des énergies renouvelables ", en produisant 40 % de l’énergie par des sources renouvelables dès 2020 (hors carburant).

La candidate des Verts, qui fut juge d’instruction au pôle financier du palais de justice de Paris et conseillère du gouvernement norvégien dans la lutte contre la corruption, est une battante. On lui attribue notamment cette phrase en 2010 : " Je connais bien Dominique Strauss-Kahn : je l’ai mis en examen" dans l’affaire Elf.

Mais son accent et son manque de charisme médiatique semblent jouer en sa défaveur. Le week-end dernier sur Canal +, elle a fait cet aveu qui pourrait la rendre sympathique aux yeux de certains électeurs. Interrogée sur la possibilité d’obtenir un portefeuille ministériel en cas de victoire de la gauche, elle a répondu ceci : " Je pense que personne ne penserait à me le donner, je représente trop d’étrangeté, j’ai un accent, je ne suis pas née ici, je n’ai pas fait l’ENA, je suis une femme et une femme qui n’est pas jeune. La place qui m’est faite dans cette campagne souffre aussi de tous ces handicaps cumulé s", a-t-elle ajouté selon "Le Parisien".