International

ANALYSE

Récession économique ou sortie progressive du tunnel? Depuis des mois, tous les regards de la planète se tournent quotidiennement vers les Etats-Unis où le moindre indice de reprise ou d'essoufflement, jugé plus ou moins significatif, conditionne sur-le-champ les marchés financiers et les décisions des investisseurs. Il est clair que les événements tragiques de mardi pèseront de tout leur poids sur l'évolution de l'économie mondiale. Alors que la «locomotive» US génère un cinquième du produit intérieur brut de la planète, cette onde de choc d'une amplitude exceptionnelle est d'ores et déjà considérée comme de très mauvais augure à court, moyen et long terme.

S'il est impossible de chiffrer les conséquences économiques et financières du «mardi noir» à l'heure où les Etats-Unis tentent à grand-peine de dénombrer leurs morts, force est de considérer que la première nation du monde va vivre une période prolongée d'insécurité, ce qui est le pire environnement qu'une économie puisse connaître. Les Américains, traumatisés, risquent fort de se replier sur eux-mêmes, de pratiquer un protectionnisme ultra-défensif et de se radicaliser plus encore dans les enceintes mondiales de négociation (de type Organisation mondiale du commerce) où l'on ne peut exclure qu'ils se retrouvent, nerveusement éprouvés, face à des pays «hostiles» ou jugés tels. Ainsi, nombreux sont ceux qui pensent que les positions de type «Kyoto» vont se répéter, sur les terrains de la libéralisation ou de l'aide au développement par exemple. D'autant plus que le président Bush devra donner des gages substantiels à l'opinion américaine, à un an des élections législatives. Les partenaires économiques des Etats-Unis redoutent déjà fortement ce type de comportement en temps normal. On imagine sans peine leur état d'esprit aujourd'hui...

A l'heure où l'on ignore bien évidemment l'ampleur des inévitables «représailles», des éléments objectifs permettent d'ores et déjà d'apprécier la crise: le pétrole flambe sur les marchés, faisant planer le spectre d'une nouvelle crise du baril et relançant les craintes d'un nouveau dérapage inflationniste. Les places financières, déjà déprimées, sont en chute aux quatre coins du globe et le dollar accuse le coup, permettant à l'euro de tirer son épingle du jeu par un simple effet mécanique.

Il y a quelque temps, le Fonds monétaire international révisait à son tour les perspectives de croissance de l'économie mondiale, tablant sur un taux de croissance de l'économie mondiale de 1,5 pc en 2001 et de 3,2 pc en 2002. Plus personne n'ose confirmer ce pronostic pourtant prudentissime.

A court terme, la tragédie de mardi va entraîner des dépenses considérables - les premières estimations chiffrent les dégâts à plusieurs milliards de dollars- qui affecteront directement les institutions financières et les compagnies d'assurances. Raison pour laquelle la Réserve fédérale américaine a fait savoir dans l'heure qui a suivi l'écroulement des deux tours du WTC qu'elle « était prête à fournir toutes les liquidités nécessaires aux banques». Un geste de salut public.

© La Libre Belgique 2001