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L'Union européenne s'est refusée vendredi à reconnaître l'indépendance unilatéralement proclamée par le Parlement de Catalogne, réitérant sans surprise son soutien ferme à Madrid. "Pour l'UE, rien ne change. L'Espagne reste notre seule interlocutrice", a assuré Donald Tusk, le président du Conseil de l'Union européenne, qui représente les 28 Etats membres.

M. Tusk a néanmoins exhorté le gouvernement espagnol à "privilégier la force de l'argument à l'argument de la force", dans un message de réaction sur son compte Twitter.

Le Premier ministre belge, Charles Michel, a lui aussi appelé au "dialogue" et à une "solution pacifique dans le respect de l'ordre national et international".

En adoptant vendredi une résolution déclarant que la Catalogne devient un "Etat indépendant prenant la forme d'une République", le Parlement catalan a pressé l'UE d'"intervenir pour arrêter la violation des droits civiques et politiques" par Madrid.

Mais depuis le début de la crise catalane, Bruxelles n'a pas varié dans son appui aux autorités de Madrid au nom du "respect" de la Constitution espagnole.

"Ce qui arrive actuellement est très difficile pour toutes les parties mais nous, en tant qu'Union européenne, nous devons défendre l'ordre constitutionnel en Espagne", a répété vendredi le commissaire européen Carlos Moedas.

Jusqu'à présent, Madrid a voulu éviter que la question catalane soit traitée dans le cadre européen et les institutions de Bruxelles ont toujours considéré qu'il s'agissait d'une "affaire intérieure" espagnole.

De toute façon, une Catalogne indépendante - même si sa séparation de l'Espagne était reconnue, ce qui est loin d'être le cas - serait automatiquement exclue de l'UE, qu'elle ne pourrait rejoindre qu'après un nouveau processus d'adhésion.

En effet, aux termes de la position juridique dite "doctrine Prodi", du nom de Romano Prodi, l'ancien président de l'exécutif européen, un Etat né d'une sécession au sein de l'UE n'est pas automatiquement considéré comme faisant partie de l'Union.

Il lui faudrait donc "se porter candidat pour devenir un membre de l'Union", puis des négociations seraient engagées pour l'intégrer à l'UE après un feu vert à l'unanimité des Etats membres.

"Personne dans l'UE ne reconnaîtra la déclaration d'indépendance" de la Catalogne, a tranché le président du Parlement européen, Antonio Tajani.

D'ailleurs, pour Jean-Claude Piris, consultant en droit international à Bruxelles, cette déclaration restera "vide".

"Ils (les Catalans) ne seront pas représentés dans les organisations internationales et continueront à faire partie juridiquement de l'Espagne", explique M. Piris à l'AFP.

"Le droit de l'UE continuera donc de s'appliquer à eux. Ils continueront d'utiliser l'euro et d'être liés par tous les accords internationaux ratifiés par l'Espagne", rappelle cet ex-directeur des services juridiques du Conseil de l'Europe.

Reste que le bras de fer entre Barcelone et Madrid s'ajoute aux crises "existentielles" qui ont ébranlé l'unité de l'UE ces dernières années: euro, Grèce, migrations, terrorisme, Brexit...

L'Union européenne "n'a pas besoin d'autres fissures, d'autres fractures", a lancé vendredi le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

"Nous n'avons pas à nous insérer dans ce débat hispano-espagnol, mais je ne voudrais pas que demain l'Union européenne se compose de 95 Etats membres", a commenté M. Juncker, en déplacement en Guyane au côté du président français Emmanuel Macron.

A Barcelone, à l'extérieur du parlement catalan, plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont salué la déclaration d'indépendance.

Pourtant, cette dernière va à l'encontre des souhaits d'une grande partie des Catalans. Lors des dernières régionales, en 2015, les indépendantistes n'avaient obtenu que 47,8% des suffrages.

"Il faut éviter toute escalade supplémentaire car c'est mauvais pour les Catalans, pour l'Espagne et pour toute l'Europe", résume une source européenne.

Les grandes puissances ne reconnaissent pas la déclaration d'indépendance de la Catalogne

Etats-Unis

"La Catalogne fait partie intégrante de l'Espagne et les Etats-Unis soutiennent les mesures constitutionnelles du gouvernement espagnol visant à maintenir l'Espagne forte et unie", a indiqué la porte-parole du département d'Etat américain, Heather Nauert.

"Les Etats-Unis jouissent d'une grande amitié et d'un partenariat durable avec notre allié de l'Otan, l'Espagne", ajoute la porte-parole, soulignant que les Etats-Unis et l'Espagne "coopèrent étroitement pour faire progresser (leurs) priorités économiques et de sécurité communes".

Allemagne

L'Allemagne a déclaré vendredi ne pas reconnaître la déclaration d'indépendance de la Catalogne, selon un porte-parole de la chancelière allemande. "Le gouvernement allemand voit l'aggravation de la situation en Catalogne avec inquiétude. La souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Espagne sont et restent inviolables", ainsi le gouvernement "ne reconnait pas une telle déclaration d'indépendance", a affirmé sur Twitter Steffen Seibert.

"Le gouvernement soutient la position claire du Premier ministre espagnol dans sa volonté de garantir et restaurer l'ordre constitutionnel", poursuit-il. Berlin espère ainsi "que toutes les parties en présence privilégient le dialogue afin que la situation se détende".

Le gouvernement britannique a fait savoir vendredi qu'il ne reconnaîtrait pas la déclaration unilatérale d'indépendance de la Catalogne et exprimé sa volonté de voir "l'unité de l'Espagne préservée".

"J'ai un interlocuteur en Espagne, c'est le Premier ministre Rajoy. (...) Il y a un Etat de droit en Espagne, avec des règles constitutionnelles. Il veut les faire respecter et il a mon plein soutien", a affirmé le président Emmanuel Macron, qui a par ailleurs réitéré que la crise catalane était un "sujet intérieur" à l'Espagne.

France

La France "ne reconnaît pas la déclaration d'indépendance que le parlement catalan vient d'adopter", a déclaré pour sa part le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. "La constitution de l'Espagne doit être respectée. C'est donc dans ce cadre, qui est celui de l'Etat de droit, que la question de la Catalogne doit être envisagée".

Royaume-Uni

"Le Royaume-Uni ne reconnaît et ne reconnaîtra pas la déclaration unilatérale d'indépendance faite par le Parlement régional catalan", a annoncé un porte-parole du gouvernement.

"Elle est fondée sur un vote qui a été déclaré illégal par les tribunaux espagnols. Nous continuons à vouloir voir l'Etat de droit maintenu, la Constitution espagnole respectée et l'unité de l'Espagne préservée".

Londres s'aligne ainsi sur la position de Berlin, Washington et Paris qui consiste à soutenir le pouvoir central espagnol.

La Première ministre britannique Theresa May avait déjà assuré à son homologue espagnol Mariano Rajoy le 17 octobre dernier que "toute déclaration d'indépendance serait incompatible avec un Etat de droit".

Le gouvernement écossais, quant à lui, s'est montré plus favorable à la Catalogne, sans toutefois reconnaître l'indépendance de la région.

"Nous comprenons et respectons la position du gouvernement catalan", a réagi vendredi Fiona Hyslop, la ministre écossaise des Affaires étrangères, membre du Parti National Ecossais (SNP). "Si l'Espagne a le droit de s'opposer à l'indépendance, le peuple de Catalogne doit avoir la capacité de déterminer son propre avenir".

Elle a appelé à la mise en place d'un "dialogue pour trouver une issue qui respecte la démocratie", estimant que la mise sous tutelle de cette région par le pouvoir central "ne peut être la solution".

En 2014, le SNP avait organisé un référendum d'indépendance écossais, où le non l'avait emporté avec 55% des voix. Malgré cet échec, ce parti continue de défendre son projet et réfléchit actuellement à un calendrier pour un nouveau référendum.

Début octobre, La Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, avait appelé les autorités espagnoles à respecter "le droit des Catalans à décider de leur propre avenir".

Italie

"L'Italie ne reconnaît pas et ne reconnaîtra pas la déclaration unilatérale d'indépendance proclamée aujourd'hui par la Parlement de la Catalogne. Il s'agit, en effet, d'un acte gravissime et hors du cadre de la loi. Pour cette raison, nous exprimons une condamnation ferme et, en même temps, l'espoir que puisse se rétablir un dialogue, dans le respect de la Constitution espagnole, pour éviter à la population une escalade de la tension, bien éloignée d'un pays uni et à la forte empreinte européiste comme l'Espagne", a indiqué dans un communiqué le ministre italien des Affaires étrangères Angelino Alfano.

Le Parlement de Catalogne a adopté vendredi une résolution déclarant que la région devient un "Etat indépendant prenant la forme d'une République", une rupture sans précédent en Espagne, à laquelle Madrid a riposté en plaçant la région sous tutelle.

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a immédiatement réagi au vote en promettant sur Twitter de "restaurer la légalité" en Catalogne.