International

« Il n’y a aucune ambiguïté dans la position du président de la République en faveur du siège du Parlement européen à Strasbourg» a affirmé Nathalie Loiseau, ministre française des affaires européennes une heure avant l’ouverture d’un débat en plénière consacré au siège unique de l’institution et initié par des eurodéputés « pro-Bruxelles ». Ces propos, très attendus, ont sonné comme une fin de non-recevoir et fait taire bien des rumeurs.

Manœuvre allemande ?

Depuis lundi en effet, des bruits couraient en coulisses de cette plénière de juillet. D’aucuns se demandaient si Angela Merkel elle-même ne se cachait pas derrière la proposition qui avait initié le débat de ce mercredi : échanger le siège du Parlement européen de Strasbourg contre, a minima, l’Agence européenne du médicament qui devra quitter Londres pour cause de Brexit. L’eurodéputé allemand Pieter Liese (Parti populaire européen), auteur du « document de fond » qui fut à l’origine du débat, est en effet issu du même parti que la chancelière allemande, la CDU. Et si Angela Merkel est à la manœuvre, se disait-on, impossible qu’elle se soit lancée dans l’entreprise sans l’aval du président Macron.

Bruxelles, une « bulle »

Les propos tenus par Nathalie Loiseau ont donc désamorcé ces hypothèses. La ministre s’est évidemment référée au symbole de réconciliation que représente Strasbourg ainsi qu’aux Traités qui y fixent le siège officiel du Parlement européen - une règle gravée dans le marbre qui ne pourrait être modifiée que par un vote à l’unanimité des chefs d’Etat et de gouvernement des Etats membres. Mais à ces arguments récurrents dans le débat, elle a aussi ajouté la vision « d’avenir » d’une Union européenne proche de ses citoyens et de ses territoires qui veille à ne pas vivre « dans une bulle », ne centralise pas ses institutions et répartisse largement les sièges de ses agences.

Des eurodéputés attachés à leur confort

La bulle redoutée est bruxelloise dans l’esprit de la ministre qui, en quelque sorte, reproche aux anti-Strasbourg de n’aspirer qu’à buller. Elle n’a en effet pas hésité à tacler « une certaine forme de simplisme qui permette à ceux qui sont dans l’entre-soi de rester dans un confort de principe. »

Une question accessoire

De plus, a-t-elle ajouté en substance, comment expliquer aux citoyens que la préoccupation première des parlementaires européens soit leur lieu de travail alors que l’Europe doit traiter de sujets tels que le terrorisme, la défense de la protection sociale ou la construction d’une défense commune ?

Pas de commentaires côté Conseil et Commission

Ces propos clairs ont été évoqués dans l’hémicycle lors du débat mais n’ont pas empêché celui-ci de se tenir. Côté Commission et Conseil on s’est abstenus de tout commentaire sur une question qui échappe aux compétences de ces institutions et on a illico passé la parole aux eurodéputés.

La question du coût

Se sont alors opposés les « pro-Strasbourg » qui se comptent pour l’essentiel dans les rangs français et les opposants au double-siège parmi lesquels Peter Liese et le belge Bart Staes du groupe des Verts qui prend « bonne note » de la déclaration de la ministre des affaires européennes françaises mais rappelle le « coût important » représenté par la transhumance mensuelle Bruxelles-Strasbourg et insiste sur les opportunités offertes par le Brexit d’offrir « quelque chose de positif » à la capitale alsacienne.

Sondages et pétition citoyenne

« Nous sommes députés, nous voulons décider nous-mêmes du lieu où nous siégeons », a affirmé pour sa part l’Autrichienne Ulrike Lunacek (Verts) en évoquant les coûts en euros (114 millions par an selon elle) et en CO2 de ces allers-retours. Un aspect sur lequel est revenue la libérale belge Frédérique Ries qui a par ailleurs rappelé les votes successifs du Parlement européen en faveur d’un siège unique ainsi que les sondages et les pétitions citoyennes en ce sens.


Chiffrage erroné des travaux à Bruxelles ?

Interpellée sur la question des travaux de remise en état voire de reconstruction du bâtiment bruxellois du Parlement européen, elle a admis qu’il s’agissait là de pain bénit pour les partisans de Strasbourg mais annoncé qu’elle se plongerait dès lundi dans les chiffrages annoncés car elle n’est pas certaine qu’ils correspondent à la réalité.

A suivre…

La prise de position du gouvernement français n’a donc pas désamorcé le débat. Les partisans du siège bruxellois réclament désormais un rapport législatif sur le sujet à l’horizon de l’automne prochain et l’inscription de la thématique à l’ordre du jour d’un prochain conseil européen. Les tenants de Strasbourg sont quant à eux déterminés à se battre jusqu’au bout. Le sujet est loin d’être clos…