International Langue française L’annonce de manuels scolaires "corrigés" a suscité un emballement médiatique.

Il aura donc fallu plus qu’un quart de siècle pour qu’en France, la "nouvelle orthographe" validée par l’Académie française en 1990 fasse son entrée dans les manuels scolaires. C’est ce qu’on lisait hier un peu partout sur Internet. Mais à y regarder d’un peu plus près, il n’y a aucune révolution en vue fait remarquer Benoît Wautelet, formateur d’enseignants à la Haute Ecole Louvain en Hainaut (HELha) de Braine-le-Comte. "Ce sont en fait quelques maisons d’édition qui profitent des nouveaux programmes à venir dans le pays pour introduire cette ‘nouvelle orthographe’ dans leurs manuels. D’autres proposent déjà des ouvrages adaptés". Une tempête dans un verre d’eau donc.

La France ne passe donc pas à la "nouvelle orthographe" à la prochaine rentrée. C’est d’autant plus vrai que cela fait 200 ans qu’on n’impose plus une orthographe aux peuples. En fait, en 1990, l’Académie française n’a fait qu’acter qu’on peut écrire un mot de plusieursmanières explique Benoît Wautelet. Ensuite, c’est l’usage qui prime. "D’ailleurs, ajoute-t-il, la révision de 1990 n’avait pas pour but de simplifier l’orthographe. Ca, c’est le résultat qui découle de trois autres objectifs qui étaient au cœur de la révision". Il s’agissait d’abord de corriger des erreurs du passé. "A l’origine, le mot ‘nénuphar’ s’écrivait avec un ‘f’. En 1935, l’Académie a décidé de changer le ‘f’en ‘ph’croyant que le terme venait du grec. Or, il vient du persan". Quant au mot "événement", quand il a été imprimé dans le dictionnaire pour la première fois, il n’y avait plus assez de plombs d’accent grave et il a hérité d’un accent aigu sur le deuxième "e" fait remarquer le formateur."L’orthographe, c’est une construction humaine et il y a eu plein d’erreurs". Le deuxième objectif était de créer des listes de mots "fonctionnant" de la même façon. "‘Charrue’, ‘charretier’, ‘chariot’ prenaient un ou deux ‘r’. Maintenant, ils en prennent tous deux" souligne Benoît Wautelet. Et le troisième but poursuivi en 1990 était de tolérer qu’un mot puisse avoir plusieurs orthographes. "On a toujours l’impression qu’un mot n’en a qu’une seule, mais c’est faux. Quand vous comparez les dictionnaires, 10 % des mots n’ont pas la même orthographe. Le mot ‘haschich’ en a 7 différentes !"

Cohabitation

En Belgique, une circulaire de 2008 invite à enseigner en priorité la "nouvelle orthographe", tout en précisant qu’il n’est pas question de sanctionner la graphie traditionnelle. Autrement dit, les deux orthographes ont le droit de cité."Aujourd’hui, dans nos écoles, on enseigne un mixte des deux", confie Benoît Wautelet, "et rien n’empêche dans un même texte d’écrire le mot ‘août’avec un accent circonflexe et plus loin le mot ‘goût’sans".