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Le père Guy Theunis, prêtre catholique belge qui pourrait devenir le premier religieux étranger inculpé pour son rôle présumé pendant le génocide rwandais, a comparu dimanche à Kigali devant un tribunal populaire qui a décidé le renvoi du dossier à la justice classique.

Les neuf juges du tribunal populaire gacaca de la cellule d'Ubumwe ont décidé que le dossier du père Theunis relevait de la catégorie des planificateurs du génocide, pour laquelle les tribunaux classiques sont compétents. La justice classique aura donc à se prononcer sur la suite de la procédure. Les gacaca n'ont pas compétence pour les cas les plus graves.

Le missionnaire belge, qui a vécu au Rwanda de 1970 à 1994, dirigeait à l'époque du génocide un journal catholique, «Dialogue». Il est membre de la Société des missionnaires d'Afrique, congrégation mieux connue sous le nom des Pères Blancs.

«Vous êtes accusé d'avoir incité les gens à faire le génocide. Qu'en dites-vous?», a demandé le président du tribunal gacaca d'Ubumwe, Raymond Kalisa, au père Theunis, qui se tenait debout devant le panel de juges, vêtu de la tenue rose des prisonniers au Rwanda. «Je n'y comprends rien», a répondu le père devant les 300 personnes rassemblées dans une cour d'école pour l'audience, se disant «surpris» d'avoir été arrêté. Il a été interpellé mardi soir pour complicité de génocide alors qu'il transitait par Kigali après avoir séjourné dans le cadre de ses fonctions en République démocratique du Congo.

Dans le public, en plus des témoins, on comptait des responsables rwandais, dont plusieurs se sont levés pour témoigner, des membres du corps diplomatique et des représentants d'organisations de défense des droits de l'Homme.

Les débats, en kinyarwanda, ont porté essentiellement sur des écrits attribués au père Theunis et sur la question de savoir si ces écrits constituent ou non une «incitation au génocide». Après une douzaine de témoignages concernant soit les écrits du père, soit son comportement présumé pendant les premiers jours du génocide, une historienne, Alison Des Forges, est intervenue. Elle a mis en question la compétence du tribunal à se prononcer sur une partie des écrits du père Theunis dans la mesure où ils ne dataient pas de la période octobre 1990 - décembre 1994 pour laquelle les gacaca ont compétence. Les témoins qui s'étaient déjà exprimés se sont ensuite levés l'un après l'autre pour contrer les arguments de Mme Des Forges.

Le rôle de l'Eglise catholique dans le génocide rwandais suscite de vives polémiques. D'autres hommes d'Eglise, tous Rwandais, ont déjà été poursuivis et dans certains cas jugés pour leur rôle ou pour leur rôle présumé dans le génocide, soit au Rwanda, soit devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda à Arusha.

© La Libre Belgique 2005