International Ce mercredi soir, François Hollande et Nicolas Sarkozy se sont livrés à un véritable duel, n’hésitant pas à se rendre coup pour coup. Au-delà des mots, les comportements ont été déterminants. Et ils ont parfois trahi ou renforcé les adversaires en présence. LaLibre.be a demandé à Stephen Bunard, coach en communication et synergologue, d'analyser le comportement des candidats.

Sarkozy a abordé ce débat dans la peau du challenger. A-t-il adapté son comportement pour tenter de renverser la donne ?

Sarkozy était assez conforme à ce qu'il est habituellement, avec des codes inconscients de séduction, comme lorsqu'il présente davantage la partie gauche de son visage ou qu'il effectue des mouvements d'épaules. Il a également usé de codes de domination, notamment en pointant l'index. Mais il a beaucoup plus maitrisé son côté surexpressif, pleins d'émotions, qui le traverse habituellement, en tentant plutôt de paraitre pédagogue. Il a d'ailleurs bien rempli son contrat.

En face, quelle posture François Hollande a-t-il favorisée ?

Il devait montrer qu'il pouvait avoir de la spontanéité et des émotions dans un cadre public mais il a été moins convainquant. Il a plutôt montré un rejet de Sarkozy et de sa politique. Il sortait souvent la "langue de vipère" pour tacler l'adversaire. Il le mettait aussi à distance, en penchant la tête en arrière, en le regardant de haut. De ce point de vue, il a affiché plus de pugnacité, d'agressivité que d'habitude, mais sans aller jusqu’au bout de la logique. Il a, par exemple, adopté les "lèvres en huitre", qui signifient une maitrise du discours. Même si Hollande regardait davantage Sarkozy dans les yeux et de manière plus dominatrice, il n'a quand même pas voulu en faire trop.

Sur quels sujets les avez-vous sentis les moins naturels ?

Au niveau du langage corporel, il n'y a pas eu de moment très fort parce que les émotions étaient contrôlées. Je pointerais juste l'attitude de Sarkozy sur la question du nucléaire. Quand il a dit "j'ai pris des engagements", il a commencé à se toucher le nez, ce qui montre un problème d'image, de confiance.

Un fait vous a-t-il particulièrement marqué ?

Les clignements de paupières sont plus réguliers chez Sarkozy, alors que Hollande cligne peu, ou par grappes, en situation de détresse ou quand il récite. Une étude réalisée aux Etats-Unis montre que le candidat qui a cligné le plus des yeux et de la manière la plus naturelle donne l'impression d'avoir remporté le débat. Et, à ce petit jeu, Sarkozy l'a emporté.