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Le mouvement libanais pro-iranien Hezbollah accuse Israël d'avoir bombardé hier un centre de recherche syrien et a affirmé sa totale solidarité avec les dirigeants de Damas.

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, a condamné jeudi le raid mené la veille par l'armée de l'air israélienne en Syrie, dénonçant "une violation flagrante du territoire d'un Etat arabe et de sa souveraineté".

La Russie, alliée de Damas, s'est déclarée "très préoccupée" par cette information et a indiqué qu'elle condamnerait cette attaque si elle s'avérait exacte. "La Russie est très préoccupée par les informations concernant des frappes de l'armée de l'air israélienne sur des sites en Syrie, près de Damas", a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. "Si cette information est confirmée, cela signifie que nous avons à faire à des frappes sans aucun prétexte sur le territoire d'un Etat souverain, ce qui viole grossièrement la charte de l'ONU et est inacceptable, quel qu'en soit le motif". "Nous prenons des mesures d'urgence pour éclaircir cette situation dans les moindres détails", a-t-il souligné.

"Nous appelons une nouvelle fois à la fin des violences en Syrie, sans intervention extérieure - ce qui serait inadmissible - et au début d'un dialogue intersyrien basé sur les accords de Genève du 30 juin 202".

Damas a annoncé mercredi soir que l'aviation israélienne avait "directement bombardé" un centre de recherche militaire situé entre Damas et la frontière libanaise, pour la première fois en près de deux ans de conflit en Syrie.

"Un avion de combat israélien a violé notre espace aérien à l'aube et a directement bombardé un centre de recherche sur l'amélioration de la résistance et l'auto-défense dans la région de Jomrayah dans la province de Damas", a affirmé l'armée dans un communiqué publié par l'agence officielle Sana. L'armée syrienne fait état de deux employés tués et de cinq blessés dans ce centre, qui a subi "d'importants dégâts" et dont le "bâtiment a été partiellement détruit".

Interrogée par l'AFP, une porte-parole de l'armée israélienne s'est refusée à tout commentaire. "D'une manière générale, Israël ni dément ni ne confirme ce genre d'activités militaires pour des raison de sécurité", a rappelé Tzahi Hanegbi, un député du Likoud (droite), très proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Maintenir "l'équilibre des forces"

Mais Tzahi Hanegbi, ancien président de la commission de la Défense et des Affaires étrangères, a laissé clairement entendre qu'Israël était responsable de l'attaque en Syrie. "Israël a toujours dit que si des armes sophistiquées en provenance d'Iran, de Corée du Nord et de Russie tombaient dans les mains du Hezbollah, une ligne rouge serait franchie. Israël ne peut accepter que des armes sophistiquées tombent dans les mains d'organisations terroristes", a insisté M. Hanegbi.

"Israël souhaite que les pays occidentaux prennent le contrôle des armes (syriennes) mais le monde n'est pas prêt à une décision de ce genre", a-t-il expliqué. "Israël se retrouve donc devant un dilemme que nous sommes seuls à pouvoir trancher".

Le général de réserve Dan Harel, ancien chef d'état-major adjoint, a lui aussi souligné qu'Israël "n'est pas prêt à accepter que le Hezbollah bouleverse l'équilibre des forces". "Si Israël s'est effectivement livré à l'attaque qu'on lui prête, c'est pour maintenir cet équilibre militaire", a argué Dan Harel.

Dany Rothschild, lui aussi général de réserve et ex-chef du service de recherches de l'armée, a lié l'attaque présumée au déploiement ces derniers jours de deux batteries du système antimissile Iron Dome dans le nord du pays. "Lorsqu'on se livre à ce genre d'activités (une attaque contre la Syrie, NDLR), on peut être confronté à une attaque du Hezbollah, et peut-être de la Syrie, c'est pourquoi il faut préparer des moyens de défense et +Iron Dome+ fait partie de ces moyens", a-t-il souligné.

Les médias israéliens ont rapporté jeudi une forte augmentation des demandes de masques à gaz dans le nord de crainte d'attaques de Syrie ou du Hezbollah. Les dirigeants israéliens ont prévenu à plusieurs reprises que la livraison d'armes chimiques syriennes au Hezbollah libanais constituerait "un casus belli", auquel ils réagiraient de façon "immédiate" et "décisive".