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Un article publié par Libération vendredi dernier a déclenché une tempête sur les réseaux sociaux. On fait le point sur le scandale de la "Ligue du Lol".

Pour comprendre, un flashback est nécessaire. En 2009, Vincent Glad, journaliste aujourd'hui à Libération, crée un groupe Facebook intitulé la "Ligue du Lol". Dans ce groupe figure une trentaine de journalistes et influenceurs, spécialistes de la communication, d'une époque où les réseaux sociaux, et surtout Twitter, n'étaient pas ce qu'ils sont aujourd'hui. Leur passe-temps : se moquer, prendre pour cible voire harceler des personnes sur les réseaux sociaux, généralement des femmes.


"C'était hyper angoissant"

Près de dix ans plus tard, les témoignages de victimes ressortent depuis quelques jours sur Twitter. Elles décrivent comment elles ont subi les foudres des harceleurs. Et beaucoup d'entre elles ont été profondément marquées et traumatisées par la haine gratuite dont elles étaient victimes à l'époque. Les témoignages font parfois froid dans le dos.

"Ils étaient plusieurs à s'en prendre à moi avec de faux comptes Twitter, très régulièrement et de façon malfaisante", raconte la Youtubeuse Florence Porcel. "C'était hyper angoissant."

"Beaucoup de filles étaient terrifiées par ces gens, avaient peur de les dénoncer", souffle Nora Bouazzouni, journaliste culinaire et séries. "Insultes, photomontages, gifs animés avec des trucs pornos avec ma tête dessus, mails d’insulte anonymes. C’était le forum 18/25 de jeuxvideo.com avant l’heure."

"À un moment, j’en suis arrivée à un stade où je me détestais. J’ai eu des idées sombres. À force de lire des saletés sur moi partout sur les réseaux, j’ai été convaincue que je ne valais rien", révèle Capucine Piot, une autre victime. "Ça a été très dur dans ma construction de jeune femme (...) Ils nous ont humiliés en place publique, sans prendre la mesure de notre douleur, de ce qu’on pouvait ressentir".



L'affaire a pris une telle proportion que même Marlène Schiappa, secrétaire d’État en France en charge de l'égalité hommes-femmes, a pris la parole. "Tout mon soutien et ma solidarité aux blogueuses et journalistes qui ont eu à subir le harcèlement sexiste de la Ligue du Lol. Ce n'est pas internet qui est impitoyable, c'est ce qu'on en fait."


"C'était du trolling, on trouvait ça cool"

Au pied du mur, les membres de la "Ligue du Lol" ont été obligés de s'expliquer, face à la tempête. Leur argument principal ? Ils avaient sous-estimé la portée de leurs actes, quand ils ne minimisent pas les faits...

"Nous étions influents, et c’est vrai que si on critiquait quelqu’un, ça pouvait prendre beaucoup d’ampleur", reconnaît Vincent Glad, le fondateur du groupe. "Il y avait beaucoup de fascination autour de nous, on était un peu les caïds de Twitter. Il y a une part de vrai là-dedans, une part de gens qui ont pu se sentir légitimement harcelés. Mais il y a aussi une grosse part de fantasme (...) C’était une grande cour de récré, un grand bac à sable. C’était du trolling, on trouvait ça cool. Aujourd’hui, on considérerait ça comme du harcèlement."


Le journaliste Alexandre Hervaud fait lui aussi partie des personnes épinglées comme membre de la "Ligue du Lol", tout comme David Doucet, rédacteur en chef des Inrocks.

Des explications qui n'ont pas vraiment calmé la tempête, tant les réactions de dégoût restent nombreuses parmi les internautes. "Ces 'saillies ricaneuses' m’ont volé une partie de ma jeunesse" , a répondu Capucine Piot, l'une des victimes. "Vos 'excuses' sont une insulte à la souffrance que vous m’avez infligée".