International La crise de la zone euro a conduit les Européens à réfléchir et à œuvrer au renforcement et à l’approfondissement de l’Union économique et monétaire. Jusqu’ici, les travaux se sont concentrés sur les volets budgétaires, financiers et économiques, la dimension sociale étant reléguée au second plan. En décembre 2012, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union ont demandé à la Commission européenne de travailler sur ce chantier. Elle présentera, ce mercredi, une communication visant à améliorer la coordination et le suivi des politiques menées par les Etats membres en matière sociale et pour ce qui touche à l’emploi.

Les dégâts de l’austérité

Il est grand temps, indique le European Anti Poverty Network (EAPN, réseau européen de lutte contre la pauvreté) dans un rapport intitulé "L’écart se creuse", présenté le 30 septembre à Bruxelles, à l’occasion de sa conférence annuelle. L’impact social de la crise s’est fait ressentir en 2013, déplore l’EAPN. Le réseau européen contre la pauvreté épingle que l’Union et ses Etats membres échouent à tenir les objectifs en matière d’emploi, d’éducation et de réduction de la pauvreté fixés par la stratégie EU2020. "L’objectif de réduction de la pauvreté n’est pas pris au sérieux", constate Gabriela Malgesini d’EAPN Espagne.

En cause : des politiques macroéconomiques qui continuent à donner la priorité à l’austérité, aux coupes dans les dépenses sociales, aux baisses salariales et de privatisations. "La consolidation budgétaire est la ligne directrice de toutes les politiques", commente pour "La Libre" Fintan Farrell, d’EAPN, "alors même que ces effets vont tout à fait à l’encontre de la lutte contre la réduction de la pauvreté. Et les systèmes fiscaux sont tels que le fardeau est très inéquitablement partagé : ce sont les plus fragiles qui en supportent la plus lourde part."

"Austérité et réformes sont souvent présentées, à tort, comme des synonymes", dénonce la députée européenne Marije Cornelissen (Verts), membre de la commission de l’emploi et des affaires sociales du Parlement européen, invitée à s’exprimer lors de la conférence d’EAPN. "L’Espagne doit réformer son marché du travail, la France son système de pension, la Grèce son système de collecte de taxes, mais pas dans l’unique objectif de descendre sous le seuil des 3 % du PIB de déficit public", insiste la Néerlandaise.

"Il faut défendre l’idée que les dépenses sociales sont un investissement, pas un fardeau" , complète Claudia Menne, de la Confédération européenne des syndicats.

Un enjeu européen

Un second élément expliquant que l’Union a perdu du terrain dans la lutte contre la pauvreté est la trop faible prise en compte de la dimension sociale dans le cadre du Semestre européen - l’outil qui coordonne les politiques nationales en vue de la réalisation des objectifs d’EU2020 -, selon l’EANP.

Les organisations membres du réseau constatent que des mesures présentées dans les programmes nationaux de réformes (que les Etats membres remettent à la Commission au printemps) peuvent s’avérer contre-productives en ce qui concerne la réduction de la pauvreté et l’emploi - avec, notamment, la multiplication des emplois précaires et des travailleurs pauvres.

Il est aussi reproché à la Commission de prêter trop peu d’attention à l’impact social dans les recommandations qu’elle adresse à chaque Etat membre, en mai. "Nous devons tr ouver l’équilibre", admet Michele Calandrino, membre du secrétariat général de la Commission et coordinateur politique d’EU2020. "Mais nous portons plus d’attention aux questions sociales depuis le lancement d’EU2020. Cette année, nous avons mis l’accent sur la réduction de la pauvreté dans les recommandations spécifiques adressées à neuf pays de l’Union."

EAPN insiste sur le fait que la lutte contre la pauvreté doit faire partie d’une stratégie intégrée. "Il est clair que ce n’est pas possible de régler ce problème à un niveau strictement national", rappelle Fintan Farrell. "Il faut mettre en place une stratégie multidimensionnelle au niveau européen pour lutter contre la pauvre . Et de souligner que la crédibilité de l’Union passe, aussi, par la réalisation des objectifs qu’elle s’est elle-même fixés en matière de lutte contre la pauvreté.