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Victorieux aux élections, les islamistes du Hamas vont être confrontés à des menaces de coupes d’une aide internationale vitale pour une Autorité palestinienne qui se débat dans une crise financière aiguë.

Le président George W. Bush a prévenu vendredi que les Etats-Unis, qui ont versé l’an dernier un total de 363 millions de dollars, couperaient leurs subsides si le Hamas ne renonçait pas à la violence et à son projet de détruire Israël.

Plus nuancée, l’UE, qui a fourni 1,5 milliard d’euros durant les cinq années de l’Intifada, a promis de continuer son soutien à l’économie palestinienne, en la conditionnant à un engagement ferme du prochain gouvernement palestinien en faveur de la paix avec Israël.

Le dossier le plus urgent concerne le règlement de la paye de janvier des quelque 130.000 fonctionnaires palestiniens. Avant même le choc produit dans le monde par le succès du Hamas, l’Autorité palestinienne ne disposait pas des moyens d’assurer cette échéance.

A la fin de l’an dernier, le versement de 35 millions d’euros de l’UE avait été gelé à la demande de la Banque mondiale. Cette sanction avait été prise à la suite de l’augmentation du déficit budgétaire annuel, qui devrait atteindre un record de 900 millions de dollars, selon la Banque mondiale, en raison de l’augmentation des salaires dans la fonction publique décidée avant les législatives du 25 janvier.

«Les Palestiniens ont besoin de quelque 100 millions de dollars pour régler les fonctionnaires, qui constituent l’épine dorsale du régime, mais personne ne sait où ils peuvent trouver la totalité de ces fonds », explique une responsable européenne en poste dans les territoires palestiniens.

«Ils nous ont approchés ces derniers jours, mais nous ne pouvons rien faire. Il faut attendre la décision sur la politique que nous allons suivre avec le Hamas qui doit être discutée lundi lors d’une réunion des ministre des Affaires étrangères européens à Bruxelles », ajoute cette responsable, qui a requis l’anonymat.

Nasser Abdulkarim, un analyste économique, admet que les Palestiniens ne peuvent se permettre de «tourner le dos, d’un point de vue financier », à la communauté internationale. «L’économie palestinienne est incapable de couvrir ses dépenses, malgré toutes les réformes qui ont été entreprises », a reconnu cet expert à la radio publique palestinienne.

Côté israélien, l’heure est à la prudence. Dans un premier temps, l’Etat juif a annoncé qu’il allait continuer à verser à l’Autorité palestinienne le montant des taxes douanières prélevées sur les marchandises importées en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

«Nous allons poursuivre la coopération avec l’Autorité palestinienne sur les questions financières telles que le remboursement des taxes, jusqu’à ce que nous sachions à quel gouvernement nous aurons affaire », a affirmé ce week-end un responsable de la présidence du Conseil.

Il faisait référence à quelque 40 à 50 millions de dollars qui sont versés chaque mois par Israël pour rembourser les taxes douanières imposées aux marchandises destinées aux Palestiniens, qui transitent par les ports et aéroports israéliens.

Toutefois un haut responsable a indiqué dimanche à l’issue du conseil des ministres qu’Israël «prendra le temps de vérifier que l’argent ne risque pas de parvenir à des terroristes ».

«Dans ce cas, Israël gèlerait ces transferts », a ajouté ce responsable qui a précisé que son pays «exige des garanties sur le destinataire final de ces fonds et avant de trancher nous prendrons en compte la position de la communauté internationale ».

Le gouverneur de la Banque d’Israël, Stanley Fischer, a revanche estimé qu’il est de «l’intérêt d’Israël d’éviter un effondrement de l’économie palestinienne ».