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Les Etats-Unis ont-ils tenté de profiter de la relative inexpérience internationale de la Slovénie, qui préside l'Union européenne pour la première fois depuis le 1er janvier, pour tenter d'influer sur l'agenda politique des Vingt-sept ? Toujours est-il que le ministre slovène des Affaires étrangères Dimitrij Rupel a annoncé mardi la démission de son directeur politique, Mitja Drobnic, soupçonné par la presse d'avoir fait l'objet de consignes américaines pour la conduite de la présidence slovène. M. Drobnic sera remplacé par le secrétaire d'Etat Matjaz Sinkovec pour la durée de la présidence, qui s'achèvera le 30 juin.

Cette démission fait suite à la publication par le quotidien slovène "Dnevnik" la semaine dernière d'un document interne du gouvernement américain dans lequel Washington aurait suggéré des "directives" à la Slovénie. Selon ce document, le secrétaire d'Etat adjoint américain aux Affaires européennes, Daniel Fried, aurait notamment suggéré, lors d'une réunion avec Mitija Drobnic à Washington le 24 décembre, que Ljubljana soit "parmi les premiers au sein de l'UE à reconnaître l'indépendance du Kosovo".

A la suite de l'échec des négociations entre Belgrade et Pristina sur le statut de la province serbe à majorité albanaise, les Américains considèrent que la sécession du Kosovo est inéluctable et sont enclins à reconnaître le nouvel Etat dès que les leaders albanais auront unilatéralement l'indépendance.

En revanche, les Européens - même s'ils évitent d'afficher publiquement leurs divergences - sont divisés sur la question, l'Espagne, la Roumanie, la Bulgarie, la Grèce et Chypre étant très réservés quant à cette perspective, notamment pour des raisons domestiques.

Washington aurait également insisté auprès de Matja Drobnic sur l'importance du déploiement au Kosovo d'une mission de quelque 1 800 policiers et juristes européens - à laquelle les Vingt-sept s'apprêtent à donner le feu vert dans les tout prochains jours - "malgré les réticences de Moscou et de Belgrade", farouchement opposés à l'indépendance du Kosovo.

Ce projet de mission a d'ailleurs essuyé un feu nourri de critiques de la part de la Russie qui la juge "contraire" aux résolutions des Nations unies, lourde de "conséquences néfastes", et augurant une "réaction adéquate".

"Absence de crédibilité"

Le ministère slovène des Affaires étrangères, qui n'a pas nié l'existence de ce document ni contesté son contenu, avait annoncé vendredi l'ouverture d'une enquête sur l'origine de la fuite et sa publication non-autorisée dans la presse locale.

"A cause de cela, nous avons des difficultés avec nos interlocuteurs, en particulier américains", a déploré Dimitrij Rupel, lundi soir à la télévision publique slovène. Son prédécesseur aux Affaires étrangères, Ivo Vajgl, avait estimé le même jour que cette affaire illustrait "l'absence de crédibilité" du gouvernement de centre-droit en matière de politique internationale.

Le Premier ministre Janez Jansa avait cependant tenu à minimiser l'impact du document la semaine dernière en assurant que son pays n'entendait pas reprendre à son compte les positions américaines pour en faire la politique de l'Union européenne.