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Chaque jour ou presque, la Turquie fait parler d'elle sur la scène internationale. Que ce soit pour les attentats qu'elle subit, son implication dans le conflit syrien, ses purges, sa presse muselée ou pour les "projets fous" de son président. "Pour Recep Tayyip Erdogan, cela devient très compliqué", affirme Didier Billion, directeur adjoint du prestigieux centre de recherche français IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) et spécialiste de la Turquie et du Moyen-Orient.

Didier Billion est l'Invité du samedi de LaLibre.be.

La Turquie a joué un rôle trouble vis-à-vis de Daech car, avant de l'affronter militairement, elle avait une une forme de complaisance à son égard. Pourquoi ce revirement ?

Ce revirement date d'il y a deux ans. Début 2015, il y a une volonté turque de démanteler des réseaux de Daech qui existent en Turquie à travers une vague d'arrestations. La raison est assez simple : les dirigeants turcs se rendent compte que la complaisance ne sert pas à contrôler l'organisation puisque Daech est, par définition, incontrôlable. N’oublions pas non plus qu'il y a trois millions de réfugiés syriens en Turquie et que, en leur sein, se trouvent des cellules dormantes de Daech. La situation devient donc contradictoire avec les intérêts de la Turquie.

Finalement, la Turquie décide d'intervenir militairement en Syrie.

Pendant cinq ans, l’obsession d'Erdogan est de mettre à bas le régime de Bachar el-Assad. Se rendant compte qu'il ne peut y parvenir et qu'il est relativement isolé diplomatiquement, il décide de changer de position à l'égard du dossier syrien. Cela remonte à août 2016, suite aux avancées incontestables de Daech dans le nord-est de la Syrie. La Turquie cible alors les membres de Daech mais elle frappe aussi les groupes kurdes liés au PYD, le parti d'union démocratique (NdlR : la branche syrienne du PKK turc, également considérée comme terroriste par la Turquie).

L'an dernier, les relations avec la Russie étaient extrêmement tendues. La Turquie a même abattu un avion de chasse russe. Aujourd'hui, peut-on réellement parler de rapprochement entre les deux pays ?

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L'arrivée de Donal Trump au pouvoir doit-il plutôt inquiéter ou rassurer la Turquie ?

Joker ! Je ne me hasarderai pas à des pronostics car on ne sait fichtre rien sur la politique diplomatique de Trump à l'égard de la Russie, de l'Iran... Mais il va probablement y avoir une redistribution des cartes. La perspective des négociations sur la Syrie - qui doivent avoir lieu fin janvier - a été décidée sans consultation des Américains, ce qui constitue un discrédit pour eux. Même s'ils seront certainement conviés aux pourparlers, cela montre tout de même une modification des rapports de force.

L'intégration dans l'Union européenne est-elle toujours une volonté turque ?

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Cet entretien est à lire en intégralité dans notre "Sélection LaLibre.be".