International Correspondante à Paris

Depuis le 1er janvier, 17 personnes, dont une majorité d’étudiants en droit ou en sciences politiques, se relaient au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), chrono en main, branchés sur les JT, magazines, talk-shows, émissions de radio Leur rôle : opérer un décompte précis du temps de parole des candidats à la présidentielle. Un inventaire titanesque destiné à garantir le pluralisme et la démocratie. Les règles qui s’appliquent (voir ci-contre) sont dictées par la loi, et le CSA est chargé de les faire respecter.

Ce décompte est un casse-tête pour les télés et radios, qui procèdent aussi au décompte du temps de parole. "Nous travaillons main dans la main avec les chaînes, c’est une discussion permanente", assure Christine Kelly, présidente du groupe de travail "pluralisme et campagne électorale" au CSA.

Pour éviter, notamment, les erreurs d’étiquetage entre les personnalités, le CSA a établi une liste de 1500 personnalités. Et lorsque la situation est ambiguë, c’est le bon sens qui s’applique. Exemple : l’affaire Merah. "Tout ce qui concerne les expressions des politiques directement liées aux événements, aux faits, n’entre pas dans le décompte du temps de parole. En revanche, si un politique dit que c’est grâce à Nicolas Sarkozy que Mohamed Merah a été interpellé, ou à cause de Nicolas Sarkozy qu’il y a eu cette affaire, ou à cause ou grâce au PS, on est dans le commentaire politique, et c’est décompté", précise Christine Kelly. Le chrono du CSA tourne également si un anonyme ou une personnalité non politique, humoriste compris, appelle à voter pour tel ou tel candidat.

Les règles se sont durcies avec la campagne présidentielle de 2007 : la période d’égalité du temps de parole est passée de 2 à 5 semaines. Une rigueur qui fait polémique et continue d’avoir des effets paradoxaux en 2012. Après le 20 mars, les chaînes ont supprimé leurs grands magazines politiques. "Notre rôle au CSA est de faire respecter le pluralisme sur les chaînes de télé et les radios, mais aussi la liberté de communication. Et lorsqu’on voit que les cinq semaines d’égalité du temps de parole aboutissent à la suppression d’émissions politiques, on est en droit de se poser la question de savoir quelle est la meilleure des solutions", avance l’ex-journaliste de LCI.

Ces règles sont-elles trop rigides ? "Nous sommes dans le temps de l’application, plus de la discussion. Mais en 2007, le CSA, les chaînes, les radios, et la Commission nationale de contrôle de la campagne avaient fait part de leurs réticences. Nous avions proposé de prolonger la période d’équité du temps de parole jusqu’au 9 avril, ce qui permet d’avoir plus de souplesse avec les candidats qui ont peu de soutiens et ne peuvent répondre à toutes les sollicitations médiatiques." Mais le Conseil constitutionnel a rendu un avis défavorable sur cette proposition en octobre 2011. Ce qui a poussé, début février, neuf chaînes de radio et de télé à demander un assouplissement des règles au Conseil constitutionnel. "Nous ferons à nouveau le point avec le Conseil constitutionnel à la fin de cette période électorale. En attendant, les chaînes doivent s’organiser comme elles peuvent pour faire respecter l’égalité", insiste Christine Kelly.

A la mi-mars, le CSA a rappelé à l’ordre M6 (qui a accordé plus de 50 % de son temps de parole à Marine Le Pen) et certains bureaux régionaux de France 3, où des candidats étaient surreprésentés. Si "ces chaînes ont rectifié le tir" depuis, le CSA vient d’adresser une mise en garde à LCI et à Radio Classique, en raison d’une concentration trop forte des temps de parole sur les candidats Hollande et Sarkozy, et d’une absence d’accès à l’antenne pour certains candidats sur LCI.

Depuis le 1er janvier, 1300 heures ont été consacrées à la présidentielle, dont 600 sur les chaînes d’information en continu (22 % de temps de parole de plus qu’en 2007). Elles sont soumises aux mêmes règles que les grandes chaînes (22 % de temps de parole en moins) et la radio (12 % en plus).