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Kyriakos Mitsotakis est grand, très grand même, et il a le sourire facile. Pourtant, ce fils de Premier ministre et député du parti de la Nouvelle Démocratie (droite) est à la tête du ministère le plus sensible du gouvernement grec : la Fonction publique et la Réforme administrative. Un ministère clef dont dépendent toutes les réformes en cours, mais un ministère qui est paradoxalement le plus difficile à réformer. Avant un passage Bruxelles, mardi, il a accepté cet entretien.

Comment se passe le travail avec la task force européenne chargée de fournir une assistance technique aux autorités grecques ?  

Nous ne voulons pas copier un modèle. La question n’est pas tant de savoir ce que nous allons faire mais comment nous allons l’adapter à la réalité grecque.  

Quels étaient les problèmes de l’administration grecque ?  

Elle était très grande, inefficace et gaspillait les fonds. Elle ne donnait pas l’impression aux citoyens de remplir son rôle de service public. Depuis un audit réalisé par l’OCDE, il y a trois ans, la taille de l’administration a été réduite. Aujourd’hui, nous avons 130 000 fonctionnaires de moins qu’en 2009. Le coût du service public a également beaucoup baissé. Mais il reste beaucoup à faire pour son efficacité. On doit passer des objectifs quantitatifs à des objectifs qualitatifs. Malheureusement, la plupart des objectifs du mémorandum que nous appliquons sont quantitatifs : 25 000 personnes mises en réserve, 15 000 licenciements, etc. Mais la nature même de la réforme est beaucoup plus complexe. Il s’agit de changer les infrastructures, les comportements humains et les procédures. Il faut du temps.  

Comment contrôler la qualité de l’administration ?  

Notre grand défi est de la rendre plus efficace. Comment offrir de meilleurs services aux citoyens sans être un obstacle à la croissance ? Il faut moins d’intervenants publics dans les procédures et une meilleure gestion des fonctionnaires pour laquelle il n’y avait pas de stratégie auparavant - si ce n’est le clientélisme politique.

Qu’est-ce qui a été fait pour le combattre ?  

Il n’y a plus aucune embauche en dehors du Conseil supérieur d’embauche de fonctionnaire. La sélection des cadres se fait selon leurs compétences. Le défi suivant sera de s’assurer que les fonctionnaires progressent dans la carrière en fonction de leurs mérites et non de leur piston.  

La bureaucratie est considérée comme le plus grand obstacle à la croissance en Grèce.  Que fait votre ministère ?  

Nous analysons la situation avec l’OCDE depuis neuf mois. Cette évaluation sera terminée en 2014. On a identifié des "bouchons" administratifs dans treize différents secteurs de l’économie. Nous voulons éliminer les 20 % les plus importants. Quand cela sera terminé, le poids administratif sur les entreprises grecques aura baissé. Un poids encore très lourd. C’est l’une des questions que nous allons discuter à Bruxelles.  

Que vous demande la troïka européenne actuellement ?  

Elle veut 25 000 fonctionnaires mis en réserve d’ici à la fin de l’année. La moitié immédiatement, l’autre moitié d’ici au 31 décembre et 15 000 licenciements d’ici à 2014.  

Cela va augmenter le chômage…  

Le gouvernement grec travaille sur une nouvelle embauche pour chaque licenciement. La logique de la troïka est que les licenciements sont un outil de renouvellement des fonctionnaires. Je n’ai pas signé cet accord, j’en ai hérité. Je dois donc l’appliquer. Les licenciements auront bien lieu. C’est un engagement. Les fonctionnaires sous le coup d’une sanction disciplinaire devront partir. Des entreprises publiques vont fermer. Des gens qui ne sont plus protégés par leur statut de fonctionnaires vont perdre leur emploi. C’est difficile et douloureux pour une société qui a plus d’un million de chômeurs qui, eux, viennent tous du secteur privé. La société grecque l’accepte pour autant que ces licenciements soient le produit d’une évaluation et conduisent à une amélioration de la fonction publique.  

Est-ce que les coupes dans le secteur de la santé sont compatibles avec la dimension sociale que veut se donner l’Europe ?  

Certainement pas. Mais d’un autre côté, il y avait un grand gaspillage. Nous sommes une société en crise et nous devons faire très attention aux limites que nous mettons à la politique sociale. La Grèce a perdu 25 % de son économie en cinq ans. Ce n’est jamais arrivé à aucun pays de l’OCDE depuis la Seconde Guerre mondiale. Les Européens doivent comprendre ce qui se passe aujourd’hui en Grèce. L’austérité a atteint sa limite absolue. Il n’y a aucune possibilité de coupes supplémentaires dans les retraites et salaires, pas plus que d’augmentation d’impôts. Le citoyen grec a payé un très lourd tribut pour arriver à avoir pour la première fois un excédent budgétaire primaire positif. Maintenant, nous attendons de l’Union européenne ce à quoi elle s’est engagée : une intervention pour que notre dette soit viable.  

Pourquoi les Grecs ne sont-ils pas convaincus de ces changements ?  

Nous devons être réalistes, l’Etat grec existe depuis deux cents ans et il n’y a jamais eu de volonté de changement. Le système clientéliste arrangeait beaucoup de monde.  

Est-ce facile, quand on s’appelle Mitsotakis, de dire que le clientélisme politique est fini ?  

C’est plus facile, car ce que je fais aujourd’hui, cela fait des années que je me l’applique. J’ai été moi-même rendre ma voiture de fonction et mes primes de commissions parlementaires. Je ne disais pas, je le faisais. Bien sûr, la suspicion est toujours là, mais cela m’aide à être conséquent avec ce que je fais.  

Que dire de la télévision publique ERT fermée du jour au lendemain ?  

Ce qui s’est passé était une solution drastique à un problème urgent. Ce qui est important maintenant, c’est que le stade transitoire dure le moins possible et que nous ayons une nouvelle télévision bien structurée. ERT n’était pas bien structurée. C’était un fief partisan.