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Une étude présentée mardi à Strasbourg, à la veille du vote au Parlement européen d'un rapport visant à renforcer la procédure d'autorisation des pesticides, démontre l'influence de l'industrie chimique sur les pouvoirs publics allemands lors du renouvellement de l'autorisation du glyphosate, fin 2017. "La Libre" avait déjà révélé ces suspicions en septembre de la même année.

L'étude a été commandée par des députés des groupes socialistes (S&D), écologistes (Verts-ALE) et de gauche radicale (Gue), membres de la commission parlementaire spéciale mise en place à la suite de la saga glyphosate, après avoir échoué à la faire financer par le Parlement.

Les eurodéputés belges Marc Tarabella (PS) et Bart Staes (Groen) figurent parmi les commanditaires de cette étude.

Elle s'est penchée sur le travail de l'agence allemande d'évaluation des risques (Bfr) à qui l'Allemagne - "État rapporteur" pour l'UE - avait confié l'évaluation du dossier de demande de renouvellement du glyphosate déposé par Monsanto et 22 autres industries.

Coalition d'entreprises

L'étude prouve, selon ses auteurs, que des parties importantes de l'évaluation des risques liés au glyphosate n'ont pas été réellement écrites par des scientifiques du BfR, mais par le groupe de travail européen sur le glyphosate (GTF), la coalition d'entreprises chimiques à l'origine de la demande d'autorisation. Ces parties sont pourtant présentées comme émanant de l'agence allemande.

Ce plagiat a été découvert exclusivement dans les chapitres traitant de l'évaluation des études publiées sur les risques pour la santé liés au glyphosate, mais pas sur ceux pour l'environnement, selon Stefan Weber, chercheur spécialisé sur le plagiat et chargé de cours à l'Université de Vienne. Il a calculé que dans ces chapitres, 50,1% du contenu était identifié comme du plagiat.

Même la description et l'explication par la BfR de la méthode d'évaluation de la littérature publiée avaient été plagiées de la demande du GTF. "Le BfR avait donc copié l'explication de Monsanto concernant l'approche que cette dernière a adoptée dans l'évaluation de la littérature publiée, tout en la présentant comme l'approche des pouvoirs publics", résume l'étude.

Celle-ci vient confirmer des révélations des "Monsanto Papers", qui avaient dévoilé en 2017 les manœuvres du géant américain de la chimie - désormais en phase d'absorption par l'allemand Bayer - pour discréditer les études scientifiques pointant le caractère potentiellement cancérigène du glyphosate.

"Toute l'UE s'est fiée au travail sérieux de cette agence"

L'eurodéputée allemande Maria Noichl (S&D) s'est dite outrée: "Toute l'UE s'est fiée au travail sérieux de cette agence. On voit maintenant que le renouvellement de la licence du glyphosate n'a pas été fondé sur une étude indépendante et sérieuse. Le ministre allemand de l'Agriculture doit opérer un grand coup de balai ! "

Dans le rapport qu'ils sont appelés à voter mercredi, les élus demandent notamment de limiter à un minimum la reproduction des paragraphes et de distinguer clairement les évaluations réalisées par l'autorité et l'industrie.