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La route est si discrète entre les arbres que personne ne la voit de loin. Elle mène à Biranit, le quartier général de la division Galilée des forces israéliennes. Biranit n’est qu’à un kilomètre de la frontière libanaise. Pourtant, la porte-parole de Tsahal, le lieutenant Yaar, s’installe sur un promontoire pour expliquer combien Israël craint le mouvement chiite du Hezbollah. En pointant chacun des villages au Sud-Liban, elle parle des caches du Hezbollah, des maisons qu’il occupe, des chiites qui descendent au Sud-Liban et des chrétiens et des druzes qui remontent vers le Nord. "Ils plantent même de faux arbres pour pouvoir tir er des roquettes", dit-elle.

L’ancien chef des forces de réserve de Tsahal, Joshua Ben Anat, enchaîne dans la démonstration faite à quelques journalistes européens. " Chaque unité du Hezbollah, dit-il, a une zone en Israël. Chaque village a sa cible en Israël." Et le Hezbollah peut, à tout moment, viser des villes comme Tel Aviv avec son arsenal de roquettes et de missiles de longue, moyenne et courte portées. Le militaire israélien en vient au point de son argumentation : si le Hezbollah menace la population d’Israël, l’État hébreu n’a-t-il pas le droit de tirer sur les maisons civiles où sont déployés les miliciens du Hezbollah ?

Le mouvement dirigé par Hassan Nasrallah est l’obsession d’Israël et fait l’objet d’une campagne pour que sa branche armée soit placée sur la liste des groupes terroristes de l’Union européenne. Non sans raison psychologique : en 2006, le Hezbollah a infligé à Tsahal une sérieuse raclée à laquelle Israël ne s’était pas préparé. Partant de la capture de deux de ses soldats à la frontière libanaise, Israël a lancé une opération meurtrière au Sud-Liban (plus de 1 000 morts, selon la commission des secours du gouvernement libanais) à laquelle le Hezbollah a répondu par l’envoi de plusieurs milliers de roquettes, missiles et obus de mortier sur Israël, faisant au moins 150 morts parmi les civils. Près de 500 000 habitants du nord du pays ont fui les tirs de roquettes.

Israël dit avoir tiré les leçons de 2006. En même temps, le Hezbollah s’est réarmé depuis lors, et dispose aujourd’hui d’un arsenal de missiles pouvant atteindre une grande partie d’Israël, notamment des cibles stratégiques telles que le port et les raffineries de pétrole de Haïfa. Néanmoins, le front reste calme, puisque la dernière roquette ayant frappé Israël à partir du Sud-Liban date de 2011, selon le lieutenant Yaar.

"60 000 roquettes" en position

À Jérusalem, un porte-parole de l’armée israélienne, Peter Lerner, estime de 30 000 à 40 000 le nombre de miliciens du Hezbollah. Selon lui, "près de 60 000 roquettes sont pointées" vers Israël. " Le Hezbollah, dit-il, est capable de maintenir Israël sous le feu pendant un mois." Le renseignement militaire ne croit pas à un conflit avec le Hezbollah pour le moment, mais, ajoute-t-il, "au Moyen-Orient, les choses peuvent aller très vite".

Il est vrai que le mouvement chiite a les yeux tournés aujourd’hui vers la Syrie, où 3 000 de ses combattants soutiennent le régime de Bachar al Assad. Mais Israël voit plus loin et dit craindre l’influence de l’Iran. Peter Lerner relève que le Hezbollah est entraîné par les Gardiens de la Révolution. " À Qousseir, nous les avons vus pour la première fois conduire des tanks. Où ont-ils appris cela ? ", demande-t-il.

Israël, appuyé par ses alliés américain et britannique, tente de convaincre les Européens de classer la branche armée du Hezbollah comme groupe terroriste. Mais une réunion d’experts en contre-terrorisme, à huis clos, le 4 juin à Bruxelles, n’a pas abouti à un accord. La République tchèque, l’Irlande, l’Autriche, la Pologne, la Finlande et la Slovaquie émettent des réserves, tandis que la France, l’Allemagne et les Pays-Bas soutiennent la proposition britannique. Le dossier devrait remonter au niveau des représentants permanents auprès de l’Union (Coreper), voire aux ministres des Affaires étrangères.

Plusieurs raisons expliquent ces désaccords. La première est que le Hezbollah est aussi un parti politique associé au gouvernement libanais où il a un ministre et qu’à ce titre, il est un facteur de la stabilité (chancelante) du Liban. La seconde est que plusieurs pays - dont la Belgique - ont des casques bleus dans la force des Nations unies, la Finul, déployée au Sud-Liban. Se mettre à dos le Hezbollah présente un risque pour ces soldats, indique-t-on de source diplomatique. La troisième raison est que plusieurs pays ne sont pas totalement convaincus de l’implication du Hezbollah dans l’attentat de Bourgas (Bulgarie), le 18 juillet 2012, contre un autobus de touristes israéliens. L’Iran et le Hezbollah ont démenti toute participation à cet attentat qui avait fait sept morts.

"Si le Hezbollah n’est pas une organisation terroriste, alors je ne sais pas ce qu’est une organisation terroriste" , a réagi, ulcéré, le Premier ministre israélien Netanyahou, lors d’une visite de Haute représentante européenne Catherine Ashton.

À voir sur lalibre.be, les explications en vidéo du Brigadier général Joshua Ben Anat.