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Beaucoup de zones d'ombre entourent encore l'assassinat, dans la nuit de vendredi à samedi, du général Mohammad Sleiman, à Tartous, une cité balnéaire au nord de la Syrie. Mais un constat s'impose : l'homme de 49 ans était une personnalité importante du régime et sa disparition brutale avive les suspicions sur des luttes internes à Damas ou sur une intervention étrangère. Les médias arabes et les réseaux d'information de l'opposition syrienne se rejoignent pour affirmer que le général Mohammad Sleiman était un proche conseiller du président Assad. Un homme de l'ombre auquel une majorité de sources d'information attribue, à tout le moins, un rôle primordial de coordinateur des relations avec le Hezbollah chiite libanais.

A l'aune de cette fonction, la thèse prévaut que son assassinat relèverait plutôt du règlement de comptes interne. Il aurait figuré parmi les personnes suspectées d'implication dans l'enquête de la commission d'enquête des Nations unies sur l'assassinat, en février 2005 à Beyrouth, de l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri. Et à ce titre, certains, au sein du très opaque pouvoir syrien, auraient pu avoir intérêt à précipiter sa disparition. La pacification en cours au Pays du Cèdre implique à terme l'installation, aux Pays-Bas, du tribunal pénal sur le Liban, et la mise en cause, plus que probable, de dirigeants syriens.

Les circonstances de son assassinat, bien que les versions varient, inclinent à penser à une opération très professionnelle qui n'a pu être montée que par des services spécialisés. Mohammad Sleiman aurait été tué d'une balle par un tireur d'élite, potentiellement posté sur un bateau au large des côtes, alors que la victime se trouvait dans sa résidence de Tartous. Une autre hypothèse évoque en revanche une exécution devant sa famille à l'intérieur de l'habitation.

Sur la fonction du conseiller du président Assad, d'autres sources évoquent un rôle de liaison avec des agents nord-coréens experts dans le domaine nucléaire. Cette filière nord-coréenne a récemment pris de la consistance quand un site nucléaire présumé en construction, le réacteur de Kibar au nord de la Syrie, a été bombardé par l'aviation israélienne. Dans cette hypothèse, une implication israélienne, pour parachever en quelque sorte le travail, ne pourrait être exclue. Mais les commentateurs israéliens semblaient démentir lundi cette éventualité. Pour deux raisons : stratégiquement, Israël ne s'en prend pas à des militaires ennemis en fonction en dehors des temps de guerre et, politiquement, le moment ne serait guère opportun alors que, sous l'égide de la Turquie, Israéliens et Syriens discutent, de façon encore indirecte, de l'amélioration de leurs relations.

Aux obsèques du général Sleiman, qui fut aussi conseiller de Bassel al Assad, frère du Président actuel, décédé dans un accident de voiture en 1994, figurait notamment Maher al Assad, son jeune frère et chef de la Garde républicaine. L'homme assassiné n'était donc pas le premier responsable venu.

G. P. et RAG, à Jérusalem .