International Le renouveau moral et spirituel est confié à Mgr Becciu. Exit le cardinal Burke.

Rideau… Les responsables de l’Ordre de Malte ont définitivement clos la querelle avec le Vatican. Face à la presse, ils ont réaffirmé leur fidélité au Pape après deux mois de crise marquée par la démission du Grand Maître, Fra Matthew Festing, qui s’était opposé à lui. De son côté, le Pape a choisi : son délégué près de l’Ordre est désormais Mgr Angelo Becciu, le substitut de la secrétairerie d’Etat, en quelque sorte le vice-Premier ministre du Saint-Siège, qui collabore étroitement avec le secrétaire d’Etat, Pietro Parolin.

La boucle est bouclée : c’est Albrecht von Boeselager, le Grand Chancelier, démis bien malgré lui et restauré par le Pape, qui s’est avancé vers les médias en affirmant fermement que tout rentrait dans l’ordre. Il a redit "la loyauté de l’Ordre au Saint-Père", non sans le remercier d’avoir mis fin à la crise de gouvernement.

La nouvelle équipe à la tête de l’Ordre a également regretté "les allégations infondées de conflit d’intérêts émises contre des mem bres de la commission" nommée par le Pape pour l’informer sur la crise de l’Ordre. On efface tout pour mieux redémarrer : "La démission du Grand Maître ouvre une nouvelle phase dans la vie de l’Ordre qui, avec une vigueur renouvelée, se concentrera sur les énormes défis de la diplomatie humanitaire et du travail sur le terrain".

Game over pour Mgr Burke

L’occasion de rappeler que la nomination d’un délégué pontifical ne menacera pas cette souveraineté : il se concentrera uniquement sur la dimension religieuse de l’Ordre ! Exit donc le cardinal Burke car, dans la lettre de nomination papale, il est bien précisé que Mgr Becciu sera "son seul interlocuteur pour toutes les questions relatives aux relations entre le Siège apostolique et l’Ordre", enlevant tout pouvoir au cardinal américain.

Albrecht von Boeselager a expliqué que le Grand Maître avait été mal conseillé, mais il n’a pas été jusqu’à accabler le cardinal protecteur évincé.

En fait, von Boeselager entend se concentrer sur l’action future de l’Ordre : "Cette crise est un événement marginal de l’histoire par rapport aux millions de personnes qui souffrent : s’il vous plaît, concentrez-vous d’abord sur elles". Et de se focaliser sur le travail humanitaire de l’Ordre auprès des réfugiés, victimes de moult mesures discriminatoires.

Les donateurs pris par le doute

Une remise à plat qui s’explique aussi par l’incompréhension des donateurs traditionnels, médusés par les attaques contre le Pape. Résultat ? La traditionnelle récolte de fonds pour aider les lépreux a accusé une baisse de 10 % par rapport à l’année dernière…

Pendant ce temps-là, les "ultras" restent très mobilisés : quelque 200 affiches courageusement anonymes ont fait leur apparition au centre de Rome contre le Pape accusé d’avoir "mis sous tutelle des Congrégations, viré des prêtres, décapité l’Ordre de Malte et les Franciscains de l’Immaculée, et ignoré les cardinaux"…


Un archevêque qui ne doute pas du Pape

Mgr Giovanni Angelo Becciu, le délégué choisi par François pour la reprise en main spirituelle et morale de l’Ordre de Malte, n’est pas le premier venu. Né le 2 juin 1948 à Pattada, cet archevêque italien est substitut pour les Affaires générales de la secrétairerie d’Etat du Saint-Siège, depuis le 10 mai 2011. Il est ainsi "numéro deux" du premier et plus important dicastère (ministère) de la Curie romaine, collaborateur direct du cardinal Pietro Parolin.

Diplomate du Saint-Siège depuis le 1er mai 1984, ce polyglotte parfait a été nommé par Benoît XVI, mais il a été maintenu par son successeur. Mieux : il a récemment exprimé sa fidélité au Pape actuel lorsque quatre cardinaux dont Mgr Burke ont vivement critiqué son exhortation "Amoris Laetitia" sur la famille. "L’unité de l’Eglise prime sur mes idées propres", a dit clairement Mgr Becciu dans un entretien peu avant Noël à "Vatican Insider".