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Le pape François s'est recueilli lundi devant le Mur des Lamentations dans la vieille ville de Jérusalem où il a glissé un message dans les interstices des pierres du lieu le plus saint du judaïsme. Le pape argentin, qui s'est approché seul du Mur, y a posé une main durant plusieurs minutes de silence.

Puis il a ouvert une enveloppe blanche, a déplié une feuille où se trouvait écrit un court message, qu'il a lu devant le mur, hors micros. Selon la radio publique israélienne, il y est écrit: "Je suis venu ici pour prier Dieu afin qu'il fasse régner la paix". Ensuite, il a remis la feuille dans l'enveloppe qu'il a déposée dans la fente du mur, comme l'avaient fait ses prédécesseurs Jean Paul II en 2000 et Benoît XVI en 2009, et comme le font traditionnellement les juifs.

Le pape a ensuite embrassé fraternellement le rabbin Abraham Skorka et le professeur musulman Omar Abboud, tous deux de proches amis argentins de Buenos Aires qui l'accompagnent durant le voyage en Terre Sainte. Une courte séquence montre les trois hommes représentant les trois relations monothéistes et quelque 3 milliards de fidèles, se tenant ensemble affectueusement par les bras.

Le pape s'est rendu plus tôt le matin sur l'Esplanade des Mosquées et devait se rendre encore au mémorial de la Shoah, le Yad Vashem, et au cimetière du Mont Herzl, où est vénérée la mémoire du fondateur du sionisme, Theodor Herzl, au troisième et dernier jour de son voyage au Proche-Orient.

Une halte surprise au mémorial des victimes israéliennes d'attentats

Le pape François a dénoncé lundi "la tragédie incommensurable" de la Shoah et "l'abîme" qu'elle a constitué pour l'humanité, lors d'une visite au mémorial de Yad Vashem érigé en souvenir de l'extermination de six millions de juifs dans les camps nazis.

"Adam, où es-tu? Je ne te reconnais plus?", a-t-il lancé dans une longue méditation imaginant avec une profonde émotion ce que pouvait penser Dieu de l'homme lors de ces années noires.

"Non, cet abîme ne peut pas être seulement ton oeuvre, l'oeuvre de tes mains, de ton coeur... Qui t'a corrompu ? Qui t'a défiguré? Qui t'a inoculé la présomption de t'accaparer le bien et le mal? Qui t'a convaincu que tu étais dieu? Non seulement tu as torturé et tué tes frères, mais encore tu les as offerts en sacrifice à toi-même, parce que tu t'es érigé en dieu!", a-t-il poursuivi.

Dieu "connaissait le risque de la liberté: il savait que le fils aurait pu se perdre... Mais peut-être, pas même le Père ne pouvait imaginer une telle chute, un tel abîme!", a-t-il dit dans la "Salle du souvenir", en présence du président Shimon Peres, du Premier ministre Benyamin Netanyahu et des rabbins du mémorial.

Le pape François a rallumé la flamme du mémorial, déposé une couronne de fleurs, et salué des survivants de l'Holocauste.

Ce "cri" de Dieu, "ici, en face de la tragédie incommensurable de l'Holocauste, résonne comme une voix qui se perd dans un abîme sans fond", a-t-il poursuivi.

"Homme, qui es-tu ? Je ne te reconnais plus. Qui es-tu, homme? Qu'est-ce que tu es devenu? De quelle horreur as-tu été capable ? Qu'est-ce qui t'a fait tomber si bas? Ce n'est pas la poussière du sol, dont tu es issu. La poussière du sol est une chose bonne, oeuvre de mes mains. Ce n'est pas l'haleine de vie que j'ai insufflée dans tes narines. Ce souffle vient de moi, c'est une chose très bonne!", a ajouté François.

"Un mal jamais survenu auparavant sous le ciel s'est abattu sur nous. Seigneur, sauve-nous de cette monstruosité. (...) Donne-nous la grâce d'avoir honte de ce que, comme hommes, nous avons été capables de faire, d'avoir honte de cette idolâtrie extrême, d'avoir déprécié et détruit notre chair", a insisté le pape dans sa méditation.

"Oh Seigneur, jamais plus, jamais plus!", a-t-il lancé à la fin, en présence de son ami rabbin, l'Argentin Abraham Skorka, qui l'accompagnait.

Dès son arrivée en Israël dimanche après-midi, François avait dénoncé avec force la Shaoh et l'antisémitisme, et il avait lancé un appel en faveur d'une éducation qui surmonte les préjugés et apprenne le dialogue.

Ces propos ont été très bien accueillis en Israël, où la mémoire de l'antijudaïsme chrétien de l'Eglise, qui évoquait avant le Concile Vatican II (1962-65) les "juifs perfides", reste très sensible.

Le pape François s'appuie sur la déclaration conciliaire "Nostra Aetate", qui exprime le profond respect des catholiques pour les juifs. Jean Paul II parlait des juifs comme des "frères aînés" et Benoît XVI comme des "pères dans la foi".