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"Je ne veux pas le voir ! Je ressens que du dégoût et de la honte !" Panagiotis Basbouskis, 71 ans, ne veut pas voir Joachim Gauck. Il rejette le pardon que le président allemand est venu demander. "J’avais quatre mois, je tétais encore ma mère, ils l’ont tuée et à moi il m’ont enfoncé dans le dos leurs baïonnettes."Pour ceux qui auraient des doutes, il montre sa terrible cicatrice dans le bas du dos. "Comment voulez-vous que je pardonne ? Je ne peux pas, je ne veux pas." Panagiotis a survécu par miracle, d’autres, 92 en tout dont 36 enfants, n’ont pas eu cette chance. Ils ont été massacrés le 3 octobre 1943 par les nazis, leurs maisons brûlées, en représailles à des attaques des résistants grecs contre l’armée allemande. Jamais, jusqu’à ce vendredi 7 mars 2014, l’Allemagne n’a demandé pardon pour ce crime ni pour aucun des crimes commis par les nazis en Grèce durant l’occupation.

Durant les terribles minutes où le nom et l’âge des victimes sont égrenés il baisse la tête. C’est insoutenable. Mais c’est avec une voix singulièrement forte que Joachim Gauck prend la parole, pesant chaque mot. "Avec honte et douleur, je demande pardon au nom de l'Allemagne aux familles des victimes assassinées. Visiblement ému, il cherche à trouver les mots justes pour, dit-il, "exprimer ce que les auteurs de ce crime et beaucoup de responsables politiques d'après-guerre n'ont pas voulu ou pu exprimer et dire que ce qui s'est passé fut d'une injustice brutale".

Joachim Gauck était accompagné par son homologue grec, originaire de la région, Carolos Papoulia, qui a participé à l’âge de 14 ans à la résistance antinazie de 1942 à 1944. "C’est un cadeau et je le prends comme tel, que vous me faites et que vous faites à l’Allemagne que de venir avec moi ici", a tenu à souligner le président allemand.

Les réparations allemandes

Pourtant Carolos Papoulias, dont la femme est allemande, a dès sa première rencontre avec le président allemand tenu à mettre les pendules à l’heure. "La Grèce, a-t-il martelé, n’a jamais renoncé à sa demande de réparations de guerre et exige la résolution de cette question avec l'ouverture rapide de discussions". Plus tard, au cours du dîner, il a enfoncé le clou avec une véhémence qui a surpris la délégation allemande. "Il est ambigu que l’on attende du peuple grec de remplir ses obligations douloureuses (liées au programme d’austérité) sans aucun dialogue et que l’Allemagne refuse de discuter d’obligation résultant de la Seconde Guerre mondiale. Ce refus, (…) jette une ombre négative sur nos relations", a-t-il conclu.

De fait, pour Berlin, l’affaire est close depuis la Conférence de Paris en 1945. Mais la Grèce, qui a perdu 10% de sa population durant la guerre et qui compte d’innombrables villages martyrs comme Liguadies, ne l’entend pas de cette oreille d’autant qu’outre la question des réparations de guerre en soit, se pose la question de l’emprunt que les nazis avaient forcé le pays à prendre pour "couvrir les frais liés au stationnement des troupes d’occupation en Grèce et à l’approvisionnement en nourriture de l’Afrika-korps, soit 3,5 milliards de dollars de l’époque. Actuellement avec un taux d’intérêt minimal de 3%, cela équivaudrait à 13 milliards de dollars. Pour un pays qui entre dans sa septième année de récession, cela fait rêver !"

Berlin a remboursé la première échéance après la guerre mais ce fut la seule !

Berlin refuse

L’Allemagne a également opposé une fin de non recevoir à la communauté juive de Thessalonique qui a déposé une demande de réparations distincte de l’Etat grec. L’affaire est désormais devant la Cour européenne des droits de l'homme.

D’ailleurs, dès le premier jour de sa visite historique, le président allemand a déclaré qu’il "ne pouvait donner une autre réponse aux demandes grecque que celle de Berlin".

Pour l’ensemble des média grecs, cette petite phrase marque une différenciation de Joachim Gauck avec son gouvernement qui va de pair avec le ton de sa visite au village martyr.