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Le temps passe et les signes inquiétants des conséquences du réchauffement climatique se multiplient. Dernier avatar en date, rapporte cette semaine l'hebdomadaire britannique «New Scientist», un phénomène de dégel important du permafrost (le sol perpétuellement gelé des régions arctiques) de Sibérie occidentale.

Selon les scientifiques qui ont réalisé cette découverte, la plus grande tourbière gelée du monde serait en train de fondre pour la première fois depuis sa formation il y a 11000 ans. Une phase de dégel qui aurait débuté il y a trois ou quatre ans. Et la superficie concernée donne le tournis : un million de kilomètres carrés, soit la superficie de la France et de l'Allemagne réunies.

Aux yeux du botaniste russe, Sergueï Kirpotine, ce phénomène est «une catastrophe écologique probablement irréversible et sans le moindre doute liée au réchauffement climatique». Dans cette région du monde, on constate que le réchauffement est plus important que partout ailleurs, la température moyenne y aurait ainsi progressé de 3°C ces quarante dernières années, souligne le «New Scientist».

Auto-alimentation

Résultant de la combinaison de différents facteurs, ce phénomène de réchauffement du permafrost sibérien inquiète les scientifiques dans la mesure où il tend à s'auto-alimenter: en fondant, la glace de surface laisse apparaître le sol dénudé - la tourbe - qui absorbe davantage encore le rayonnement solaire.

Qui plus est, ces épaisseurs de tourbe gelée qui se sont accumulées durant des milliers d'années présentent la particularité de retenir prisonniers plusieurs milliards de tonnes de méthane, un gaz à effet de serre potentiellement vingt fois plus nocif pour le réchauffement que le CO2. Si elles venaient à être libérées dans l'atmosphère, ces énormes quantités de méthane risquent de doper encore le phénomène de réchauffement planétaire.

Pour Gauthier Chapelle, conseiller scientifique de la Fondation polaire internationale, la fonte du permafrost «était une nouvelle attendue» et la question du méthane a déjà été évoquée dans plusieurs rapports internationaux. «Mais il n'existe pas d'unanimité scientifique quant à savoir si cela a un effet global négatif ou non sur le réchauffement. Certes, la fonte de la glace va relâcher du méthane dans l'atmosphère, mais les tourbières qui apparaissent vont aussi permettre, en se réchauffant, une croissance plus importante de la végétation. Et cette végétation contribue quant à elle à capter du CO2 . Tous ces phénomènes sont très complexes».

Professeur de climatologie à l'Université de Liège, Michel Erpicum estime pour sa part que la fonte du permafrost est effectivement la conséquence du réchauffement rapide que nous connaissons actuellement mais, nuance-t-il, «ce réchauffement est un phénomène qui se manifeste par paliers».«Le réchauffement climatique est conditionné par deux types de causes : d'une part, des causes liées aux activités humaines et, d'autre part, des causes naturelles irrégulières que l'on ne s'explique pas encore bien. Il est un fait acquis que l'amplification du réchauffement climatique est liée en partie aux causes anthropiques qui s'amplifient de façon continue, mais je pense que l'accélération particulière de ce phénomène constatée depuis une quinzaine d'années ne restera pas aussi soutenue. Elle est due aux causes naturelles qui sont actuellement dans un cycle élevé. Ces dernières vont toutefois se tasser et le rythme actuel du réchauffement devrait ralentir et se stabiliser, avant de recommencer à s'accélérer dans quelques années.» De la même manière, estime-t-il, la fonte du permafrost devrait donc aussi être freinée et avec elle le risque de voir d'importantes quantités de méthane libérées dans l'atmosphère.

«Ceci dit, conclut M. Erpicum, il n'en demeure pas moins urgent de limiter de façon stricte les rejets industriels dans l'atmosphère, ce qui n'est pas vraiment le cas des entreprises qui délocalisent leurs activités en Asie où elles sont soumises à bien moins de contraintes environnementales».

© La Libre Belgique 2005