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"Dérisoire!" "Scandaleux !" "Pas sérieux du tout!" C'est un Guy Verhofstadt "enragé" qui s'est exprimé ce matin sur les mesures que les dirigeants européens envisagent de mettre en oeuvre pour répondre aux drames migratoires qui se jouent actuellement en Méditerranée. Un plan d'action en dix points qui sera examiné lors du Conseil européen extraordinaire qui se déroule à Bruxelles cet après-midi.

"La principale mesure consiste à doubler le budget alloué à la mission Triton coordonnée par Frontex (L’agence de protection des frontières européennes, NdlR). On arriverait ainsi à un budget mensuel de 6 millions d'euros. C'est encore 3 millions de moins que ce que le gouvernement italien consacrait à l'opération Mare Nostrum. Actuellement, Triton repose sur deux avions, un hélicoptère et sept navires. Même en doublant ces moyens, on aurait à peine de quoi assurer le bon déroulement d'une opération de sauvetage en mer du Nord", tonne le "Grand Bleu", ajoutant qu'actuellement, ce sont des navires de commerce privés qui réalisent l'essentiel des sauvetages en Méditerranée.

Quant au scénario évoqué de mener des opérations de destruction des navires utilisés par les passeurs, elle ne constituent qu'une petite partie de la solution aux yeux du chef de file du groupe des Libéraux et démocrates européens. "Cela peut aider, mais il ne faut pas se faire d'illusions sur la capacité des trafiquants à s'organiser. D'autres bateaux viendront."

Ouvrir des voies légales

De leur côté, les libéraux proposent une révision complète de la politique migratoire en Europe, basée sur une approche globale de ce phénomène et non plus uniquement sécuritaire.

"Premièrement, il faut que Frontex devienne une agence réellement européenne et que son financement soit intégré de manière obligatoire et non plus sur base des contributions volontaires des Etats membres", avance Guy Verhofstadt Le mandat de l'agence devrait en outre être modifié pour que celle-ci puisse mener des opérations de sauvetage et plus seulement des opérations de protection des frontières, ajoute-t-il.

Deuxièmement, il est urgent de remettre à plat le système d'asile européen pour permettre aux personnes susceptibles de bénéficier du statut de réfugiés de s'adresser aux ambassades ou aux consulats européens présents dans les pays de transit pour obtenir un visa humanitaire. "Aujourd'hui, le seul moyen d'introduire ces demandes pour ces candidats réfugiés est d'arriver d'abord sur le territoire européen. Ce qui les pousse dans les bras des filières de passeurs."

Plus largement, les libéraux plaident également pour la mise sur pied d'un système d'immigration légale également ouvert aux migrants économiques. "Il faut uniformiser les 28 systèmes européens pour créer une 'green card' à l'américaine. Les travailleurs étrangers ¬ tant les diplômés que les peu qualifiés - pouvant justifier d'un contrat pourraient ainsi légalement venir en Europe".

Enfin, il est urgent que l'Union revoie de fond en comble sa politique étrangère. "Les Européens ne peuvent plus continuer en prétendre que ce qui se passe en Afrique ou en Syrie ne les concerne pas . Nous n'avons pas pris nos responsabilité au moment des crises syrienne et lybienne, il ne faut donc pas s'étonner si nous devons faire face aujourd'hui à ces flux de réfugiés", déplore le libéral flamand.

Et d'avertir: si le Conseil européen ne revoit pas ses ambitions à la hausse, "il y aura un clash sérieux avec le Parlement européen la semaine prochaine lors de la réunion plénière à Strasbourg".