International Main tendue vers le ciel, chevauchant son destrier d'or sur un mont d'un blanc immaculé, surplombant le peuple à plus de vingt mètres de hauteur: Berdimoukhamedov a tenu à rappeler à son peuple sa toute puissance de leader du Turkménistan.

Cette statue en bronze de 21 mètres de haut, recouverte de feuilles d'or, a été inaugurée à Achkhabad, capitale de cette ancienne république soviétique, aujourd'hui république à parti unique nationaliste.

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En 2006, à la mort du dictateur soviétique Saparmyrat Nyýazow, de nombreux observateurs voyaient dans Berdimoukhamedov, son successeur élu avec 89% des voix, une ouverture à la démocratie et à la liberté d'expression. Le nouveau président turkmène, rappelle le Monde, avait en effet abrogé une série de décrets excentriques et et avait remisé au loin la statue "tournesol" de son prédécesseur, conçue pour suivre la trajectoire du soleil tout au long de la journée.

Aujourd'hui toutefois, cette statue vient rappeler à l'ordre les esprits qui un jour ont cru à la liberté en terre turkmène: Berdimoukhamedov ne changera pas de cheval de course. Si la Corée du Nord est la dictature préférée des médias actuellement, les visions mégalomanes du président du Turkménistan valent aussi leur pesant d'or et de larmes. "Depuis la mort de l'ancien dictateur Saparmourad Niazov, très peu de choses ont changé, le régime reste l'un des plus durs du monde" explique à Vice Samuel Carcanague, chercheur spécialiste de l'Asie centrale à l'Institut de relations internationales et stratégiques. "Une évolution du régime était attendue à sa mort, mais celle-ci s'est avérée extrêmement faible. Cette récente inauguration montre que les fondements du régime n'ont pas changé."

Torture et harcèlement: un "Protecteur" qui aime à sa manière

Les fondements du régime sont assez simples: régime nationaliste à parti unique, culte de la personnalité, opposition et liberté d'expression inexistantes, au contraire de mines de sel bien réelles celles-là, dans lesquelles le régime n'hésite pas à envoyer chaque opposant. Amnesty International évoque un "harcèlement systématique ciblant toute forme d'opposition ou de dissidence, la privation généralisée des droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion", et rapporte des "informations récurrentes faisant état de torture dans les lieux de détention."

En la matière, Berdimoukhamedov le Protecteur ("Arkadag") n'a rien à envier aux plus grands dictateurs: "placement d’aiguilles sous les ongles, administration de décharges électriques, asphyxie, violences sexuelles systématiques, administration forcée de psychotropes, coups de bâtons ou de bouteilles en plastique emplies d’eau, privation de nourriture et d’eau, ou encore l’exposition à un froid glacial."

Plein gaz sur le pouvoir absolu

"Cet aperçu des violations des droits humains au Turkménistan est la partie visible de l’iceberg et la situation qu’il dépeint ne ressemble en rien à l’'ère de la puissance et du bonheur'" voulue par le président Gourbangouly Berdymoukhammedov. Pour autant, ce dernier s'appuie sur un solide allié minéral pour établir sa toute puissance et le bonheur de ses concitoyens: les 10 milliards de mètres cube de gaz cachés sous la terre turkmène (ses réserves potentielles seraient d'au moins 20 000 milliards de mètres cubes). 50% du PIB en découlerait, ainsi que 90 % des exportations (notamment vers la Chine).

"La gratuité du gaz et le prix très faible du pain peuvent aider à garantir la paix sociale. Là-bas, selon la légende, cela coûte plus cher d'acheter des allumettes que de laisser le gaz allumé toute la journée." Les États en demandent, le peuple en reçoit: personne n'oserait venir critiquer la politique totalitaire de l'"Éleveur national" turkmène, ancien dentiste passionné de cavalerie... et de pouvoir absolu. Dans son indice de la liberté de la presse 2013, Reporters sans frontières classe le Turkménistan à la 177e place sur 179 pays.