International Eclairage Correspondante à Jérusalem

Rien n’y a fait : ni les critiques du Hamas qui crie à "l’usurpation du pouvoir", ni les intercessions de la part d’indépendants palestiniens qui craignent pour l’avenir de leur nation tout entière. Mahmoud Abbas (Abou Mazen) l’a confirmé ce week-end : sa décision de convoquer des élections générales le 24 janvier prochain est "irrévocable". "Avec ou sans le Hamas". Selon le décret que le raïs a publié vendredi soir, le scrutin se déroulera dans l’ensemble des territoires - Cisjordanie, Gaza, Jérusalem-Est - et portera à la fois sur la présidence et le parlement de l’Autorité palestinienne.

Le décret de M. Abbas a été approuvé dimanche par son parti, le Fatah, et plus largement par l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) qui a spécialement réuni ses instances à cet effet. Par contre, le mouvement islamiste Hamas - qui ne fait pas partie de l’OLP - persiste à voir dans cette décision unilatérale une "déclaration de guerre" et à en récuser la légalité. Car théoriquement, selon le calendrier constitutionnel de l’Autorité palestinienne, le mandat présidentiel d’Abou Mazen a expiré en janvier dernier. Son exercice actuel est donc illégitime aux yeux des islamistes.

C’est en effet en janvier 2005, après le décès de Yasser Arafat, que M. Abbas a été élu pour quatre ans à la présidence de l’Autorité palestinienne. Les territoires devaient donc retourner aux urnes présidentielles en janvier dernier. Mais vu les tensions avec le Hamas qui avait entre-temps saisi le pouvoir à Gaza, M. Abbas a unilatéralement prorogé son mandat d’un an, faisant valoir une disposition de la loi qui appelle à tenir les scrutins présidentiel et législatif de façon simultanée. Le 24 janvier 2010 est la date à laquelle expire l’exercice quadriennal du parlement actuel de l’Autorité palestinienne. Rappelons que c’est aux dernières législatives de 2006 que le Hamas a pour la première fois remporté une majorité. Ce qui a ouvert la voie, par la suite, au schisme entre le "Fatahland" en Cisjordanie et le "Hamastan" à Gaza.

Or, le Hamas n’a jamais reconnu cette prorogation de la présidence. Et aujourd’hui, fort du pouvoir qu’il s’est arrogé par les armes à Gaza en juin 2007, il ne désespère pas d’étendre sa mainmise sur la Cisjordanie. Accusant M. Abbas de préparer "une vaste fraude électorale pour se refaire une légitimité", le mouvement islamiste menace de convoquer ses propres élections.

Les analystes palestiniens sont donc unanimes : le raïs s’est lancé dans un dangereux quitte ou double.

Soit il regagne le pouvoir sur l’ensemble des territoires. Mais la Commission centrale des élections de l’Autorité palestinienne n’a pas encore précisé comment elle s’y prendra pour organiser un scrutin méticuleux et fiable dans une Gaza hostile, ainsi que dans une Jérusalem-Est gouvernée par un Israël de plus en plus nationaliste. Les sondages ne garantissent pas la victoire non plus. Selon les derniers chiffres, M. Abbas est au coude à coude avec son challenger, Ismaïl Hanyé, le Premier ministre du Hamas à Gaza : chacun est crédité de 16 pc des intentions de vote. Toutefois, en tant que parti, le Fatah devance le Hamas, avec 34 pc contre 18 pc.

Soit la manœuvre consommera le divorce institutionnel qui s’est déjà instauré de fait entre la Cisjordanie et Gaza, sans que personne n’y gagne vraiment de légitimité, tant domestique qu’internationale. Ainsi, les Palestiniens des territoires risquent de se retrouver définitivement séparés en deux entités rivales, avec deux présidents, deux gouvernements, deux parlements. Et avec, enclavée entre les deux, n’appartenant à aucune d’elles, une Jérusalem-Est palestinienne annexée par Israël.

M. Abbas explique cependant qu’il n’avait pas le choix. Pour organiser les élections générales à la date prévue du 24 janvier 2010, il était tenu constitutionnellement d’en annoncer la convocation trois mois à l’avance. Si le Hamas et le Fatah se réconcilient d’ici là, le raïs se dit prêt à reporter le scrutin au 24 juin 2010, en accord avec le Hamas, comme prévu dans l’accord de réconciliation que proposent les médiateurs égyptiens.

Mais comme l’a confirmé le Hamas, dimanche, le dialogue inter-palestinien demeure dans l’impasse. Et les deux camps s’en rejettent la faute. Le Fatah accuse le Hamas de suivre les "diktats irréductibles" de Damas et Téhéran, le Hamas accuse le Fatah d’obéir aux "desiderata sionistes" de Barack Obama et Benjamin Netanyahou.