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A ceux qui croient avoir touché le fond de l’absurdité et de la bêtise politique en Belgique, le Malawi redonne des raisons d’espérer. On savait déjà que le Parlement de ce merveilleux Etat africain caresse le projet de porter l’âge de la retraite à 70 ans - dans un pays où l’espérance de vie ne dépasse pas 49 ans pour les hommes et 51 ans pour les femmes. Voici maintenant que cette Assemblée à l’imagination aussi fertile que désœuvrée songe à remettre au goût du jour une loi de l’ère coloniale britannique qui interdit de... péter en public.

"C’est le rôle du gouvernement de veiller à la décence publique", a très sérieusement expliqué le ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles, George Chaponda, interrogé par Capital Radio. "C’est à nous de mettre de l’ordre. Voulez-vous que les Malawites pètent n’importe où ?"

Certes non, a-t-on envie de lui répondre, même si les chances de passer des vacances dans l’ex-Nyassaland sont pour nous des plus minces, tout comme est par conséquent limité le risque de croiser un jour des Malawites mal élevés et malodorants. Mais, si l’on sent donc le vent tourner dans les sphères du pouvoir à Lilongwe, où l’on pète le feu autant que les plombs, on se demande malgré tout s’il est à ce point impérieux d’ériger l’émission incontrôlée et intempestive de vents en "délit mineur" comme le Parlement malawite en nourrit l’intention.

Sans doute Messieurs les Anglais, qui tiraient toujours les premiers avec distinction et raffinement, ont-ils tracé la voie avec cette loi de 1929 qui interdit de "souiller l’air" sans motif valable. On y lit que "toute personne viciant l’atmosphère en tout endroit où telle activité s’avère nocive pour le public ou pour la santé des occupants du domicile ou des personnes commerçant dans le voisinage ou bien empruntant une voie publique, se rend coupable d’un délit". Damned !

Mais il y a encore plus surprenant. George Chaponda, qui a certainement un doctorat en physique des gaz tant il semble bien connaître le sujet, assure qu’on ne pétait pas avec autant de désinvolture et de nonchalance sous la dictature de Kamuzu Banda (de 1964, année de l’indépendance, à 1994). "Maintenant, assure le ministre, un brin péteux, à cause du multipartisme et de la liberté, les gens s’arrogent le droit de se soulager n’importe où !"

Voilà, on l’avoue, un privilège démocratique qu’on ignorait. Et qui résiste mal à l’analyse, dictature ne rimant pas nécessairement avec air pur. En Chine, par exemple, il est de notoriété publique qu’on se soulage où, quand, et comme l’on veut. Une sagesse ancestrale y recommande d’expulser de l’organisme, séance tenante, toute substance impropre, en particulier gazeuse. On rote et on pète donc allégrement, et sans y être encouragé par le multipartisme.