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Monseigneur Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient, était jeudi soir à Notre-Dame de Stockel afin d’expliquer aux paroissiens comment ils peuvent soutenir les chrétiens d’Orient. Auparavant, il a analysé les enjeux de leur avenir pour "La Libre".

2017 est une année charnière pour les chrétiens d’Orient…

Oui, ils sortent d’une période très dure. Leur sort n’a jamais été facile, mais ici on voit pointer la sortie du tunnel après une période de montée de l’islamisme très focalisée sur leur éradication, même si d’autres groupes restent aussi dans leur collimateur. Lors de toutes les guerres civiles récentes, en Egypte, en Syrie ou en Irak, ils ont subi encore de plus grandes discriminations alors qu’ils sont des citoyens de ces pays. S’y sont ajoutés les attentats à la cathédrale de Bagdad en octobre 2010, à Alexandrie en 2011 et plus près de nous au Caire. Et puis ils ont affronté la volonté génocidaire de Daech; le terme n’est pas exagéré pour un système de persécution globale organisé. Il y a cependant un espoir avec le recul de Daech. Il est important qu’on en prenne conscience en Occident et que cela bouge car la situation des chrétiens d’Orient est à l’évidence liée à la géopolitique…

Avec des effets sur le mouvement d’exil vers nos pays ?

Oui, l’éloignement de la menace directe qu’est Daech peut aussi inverser ce mouvement. Beaucoup de réfugiés aspirent à revenir, mais pour pouvoir les accueillir, il faut leur envoyer des signaux forts dans un premier temps et annoncer des projets concrets à plus long terme.

Cela vous amène à plaider pour qu’on reconnaisse pleinement leur citoyenneté…

Il est temps de s’unir là-bas et sur le plan international afin d’éliminer les discriminations qu’ils subissent toujours dans un grand nombre de pays. Il y a ceux qui connaissent l’instabilité, mais aussi d’autres avec lesquels nos Etats font du commerce et s’imposent un assourdissant silence sur des situations totalement inadmissibles. En Arabie saoudite, 2,5 millions de chrétiens n’ont pas le moindre lieu de culte, sans parler du sort réservé aux femmes ou à ceux qui ont l’audace de blasphémer. Trop de monde ici semble s’accommoder de cela. Il faut plus que jamais combattre les discriminations qui concernent la liberté religieuse - comme l’interdiction de se convertir à une autre religion que l’islam - mais aussi toutes les injustices administratives; et rectifier la façon dont les religions non musulmanes y sont abordées. Ce serait un retour aux sources. On feint de ne pas le voir, mais les chrétiens sont là depuis la Pentecôte !

Mais encore…

Le christianisme est né là-bas et ne s’est imposé chez nous que par la suite. Si je parle de possible printemps chrétien, c’est aussi parce que nombre de musulmans de certains pays se sont détournés de l’extrémisme islamique. En Egypte, les Frères musulmans ont été chassés par les coptes mais aussi par les autres musulmans. En Tunisie, aussi, on s’est détourné de l’islamisme radical. Voyant cela, nous ne pouvons pas laisser ces nations de grande civilisation et qui sont des carrefours culturels sur le bord de la route. Au contraire, les chrétiens de la région peuvent utilement contribuer à leur développement comme ils l’ont toujours fait sur le plan de l’enseignement, de la santé et des services sociaux. Nombre de musulmans opteront du reste pour cette voie plutôt que pour les comportements violents d’Al-Qaïda ou de Daech. Qui peut sérieusement encore soutenir le sacrifice de jeunes enfants dans des attentats suicides ? Contribuons à la mise sur pied d’une laïcité à l’orientale dont découlera une vraie citoyenneté pour tous…

On progresserait aussi en résolvant, enfin, la question israélo-palestinienne…

Elle impacte sérieusement la situation. Il est urgent de trouver une solution pacifique. Plus globalement, le temps est peut-être venu pour une grande conférence qui aborde les questions religieuses, politiques, économiques, juridiques pour reconstruire la confiance.

Nos responsables politiques portent aussi certaines responsabilités…

Il y a eu quelques sérieuses erreurs d’appréciation qui coûtent toujours cher aujourd’hui, comme la seconde guerre en Irak ou le fait d’avoir cru à l’effondrement du pouvoir en Syrie.

L’aide aux chrétiens d’Orient ne passe-t-elle pas également par une meilleure connaissance de leurs réalités?

Oui, il y a là une très grande diversité d’Eglises peu connues. Il faut les inviter chez nous, mais aussi aller à leur rencontre chez elles. Et puis les aider dans leur reconstruction comme le fait admirablement Solidarité-Orient ici en Belgique. En tout état de cause, si on ne réagit pas, les minorités chrétiennes seront totalement éliminées. D’où l’importance de soutenir leur citoyenneté. Tout en rappelant aux terroristes que le recours à la violence est et reste un aveu de faiblesse.

Mgr Gollnisch a publié "Chrétiens d’Orient - résister sur notre terre" chez Cherche-Midi.


Depuis plus d’un siècle

Profil. Créée par des professeurs à la Sorbonne il y a 160 ans, l’Œuvre d’Orient - initialement l’Œuvre des écoles d’Orient - est une association française totalement dédiée au soutien des chrétiens d’Orient. Grâce à ses 70 000 donateurs, elle finance plus de 1 500 projets menés par 400 communautés et institutions catholiques qui interviennent auprès de tous ceux qui en ont besoin sans considération d’appartenance religieuse. Et cela dans 23 pays. Les liens profonds tissés sur place permettent d’avoir une vision unique de la situation des civils et de leur apporter l’aide appropriée. L’Œuvre a réagi dès le début de la présente crise pour adapter son aide humanitaire aux besoins urgents de la population.

Solidarité-Orient. Jusqu’en 1984, l’Œuvre était aussi présente en Belgique. Solidarité-Orient, son antenne, est alors devenue autonome. Après avoir été dirigée par les P. Serge Descy et Jean-Marie Van Cangh, op, elle a à sa tête le Pr Christian Cannuyer (Catho de Lille).


A la croisée de deux mondes

Vocation forte. Mgr Pascal Gollnisch, 64 ans, est directeur général de l’Œuvre d’Orient depuis le 1er septembre 2010. Ses parents le voyaient expert-comptable mais dès son passage chez les scouts, il a voulu devenir prêtre même s’il avoua avoir eu des problèmes avec le célibat. Mais il finit par convaincre ses parents alors qu’il avait entamé des études de droit. Il aurait voulu faire son séminaire en France mais fut envoyé à Rome.

Homme de terrain. Nommé directeur des pèlerinages français en Pologne à 24 ans, soit tout au début de son engagement religieux, Pascal Gollnisch reçut aussi successivement la direction de deux grosses paroisses parisiennes St Jean-Baptiste de Grenelle et St François de Sales. Sa passion pour les voyages à caractère spirituel et les rencontres avec les communautés locales n’eut d’égal que son attrait pour les Eglises d’Orient qu’il a également découvertes, année après année, en s’y rendant pendant une partie de ses vacances. C’est lors de ces périples qu’il a pu percevoir en direct les difficultés quotidiennes des chrétiens d’Orient.

Solidarité. Cela l’a conduit à la tête de l’Œuvre d’Orient mais aussi du Vicariat général de l’Ordinariat des catholiques orientaux en France. Ordonné chorévêque de l’Eglise syriaque catholique à Beyrouth et Archimandrite de l’Eglise grecque melkite, Mgr Gollnisch voudrait que les catholiques latins découvrent la richesse spirituelle et compatissent aux souffrances des communautés orientales !