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Ghislaine Dupont et Claude Verlon "ont été assassinés froidement. L'un a reçu deux balles, l'autre trois balles", a déclaré dimanche le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, à l'issue d'une réunion de crise à l'Elysée. Il a indiqué que les deux journalistes avaient été enlevés "par un petit commando" devant le domicile d'un responsable touareg qu'ils venaient d'interviewer."Les assassins, ce sont ceux que nous combattons, c'est-à-dire les groupes terroristes qui refusent la démocratie et qui refusent les élections", a martelé M. Fabius avant d'annoncer que "la sécurisation de l'ensemble de la zone et des zones voisines" allait être "accrue", mais sans fournir de détails. De source gouvernementale, il s'agirait de rendre la présence française "plus visible" dans l'extrême-nord du Mali. François Hollande avait fait par la veille de son "indignation" convoquant une réunion de crise ce dimanche.

Ghislaine Dupont, 57 ans, et Claude Verlon, 55 ans, journaliste et technicien aguerris, ont été enlevés samedi à la mi-journée par des hommes armés devant le domicile d'un représentant touareg qu'ils venaient d'interviewer à Kidal, dans le nord du Mali.

Les circonstances de leur assassinat restent floues (en savoir plus ici). Les réactions se sont multipliées. Tant le Conseil de sécurité de l'ONU que la classe politique française et les fédérations de journalistes dénoncent cette double exécution.

Au sein de RFI et dans tous les médias français, c'est le choc. Marie-Christine Saragosse, PDG de France Médias Monde, qui inclut RFI, a annoncé ce dimanche qu'elle partait pour Bamako avec d'autres responsables de la radio pour rapatrier les corps des deux journalistes. "Ni Ghislaine ni Claude n'étaient des têtes brûlées, ils n'ont pris aucun risque inconsidéré", a assuré Marie-Christine Saragosse, PDG de France Médias Monde qui inclut RFI.

Le Haut conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA, notables touareg de Kidal), condamne "avec la dernière énergie l'assassinat". Le MNLA dit "mettre tout en oeuvre pour identifier les coupables" et condamne ces crimes "avec toute la rigueur" possible.

L'ancien ministre des Affaires étrangères malien Tiébilé Dramé, personnalité malienne qui a beaucoup œuvré pour trouvé un accord de transition avec les groupes armés a salué dans un tweet "deux grands Africains".

La ministre française de la Culture Aurélie Filipetti a rendu hommage aux deux journalistes "victimes de la barbarie". Dans une interview accordée à RFI, elle a rendu hommage au travail de ces deux reporters chevronnés : "Je voudrais rappeler à quel point la liberté d'informer est précieuse, qu'elle est le corollaire de toute démocratie. Nous avons la tristesse tragique de perdre Ghislaine Dupont et Claude Verlon qui étaient de très grands professionnels. Dans des conditions abominables. Mais ils sont tombés pour la liberté d'informer, non pas parce qu'ils étaient la voix de la France à l'étranger mais parce qu'ils portaient une vision française de ce qu'est la liberté d'information, dans toutes les régions du monde."

Reporters sans frontières dénonce de son côté "un acte innommable et révoltant". "L'exécution sommaire des deux journalistes de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, est un acte innommable et révoltant", dénonce pour sa part Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF). "Que des journalistes qui ont le courage de couvrir une zone comme la région de Kidal se retrouvent abattus froidement à la sortie d'une interview, ça ne suscite pas seulement l'indignation, mais un profond dégoût", écrit-il dans un dans un communiqué.

La Fédération internationale des journalistes (FIJ), la plus vaste organisation de journalistes au monde, représentant 600.000 professionnels dans plus de 100 pays, a elle aussi réagi. "Indignée par ces deux assassinats", elle appelle dans un communiqué " les journalistes maliens et les correspondants de la presse internationale dans le pays à redoubler de vigilance et mettre en place des protocoles de sécurité efficaces".

De son côté, la Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels (CCIJP) s'est déclarée "émue" de la disparition de ces deux professionnels français de l'information.

"La CCIJP accorde la carte à des journalistes professionnels susceptibles de défendre partout la liberté d'informer (...). Dans l'exercice de leurs métiers, Ghislaine Dupont et Claude Verlon l'ont fait, au Mali, au péril de leur vie. Tous les journalistes professionnels doivent s'en souvenir", écrit la Commission dans un communiqué.

Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a dénoncé dimanche sur Radio France Internationale (RFI) "l'assassinat barbare" de deux envoyés spéciaux de cette radio dans le nord du Mali samedi.

"C'est un assassinat barbare, nous avons reçu la nouvelle avec tristesse et indignation" a déclaré sur RFI le responsable européen.

Il a rendu hommage au travail de RFI qui fait "un grand effort pour couvrir la réalité dans les zones de conflits, notamment l'Afrique qui est si proche de nous".

"Cet effort de rapporter la vérité aussi près du fait que possible, cela nous renforce dans notre conviction de lutter contre le terrorisme", a-t-il ajouté dans cette interview téléphonique.

"L'Union européenne est aux côtés de la France, de la communauté internationale et des autorités maliennes pour rétablir l'ordre et la sécurité dans le Mali (...) ce genre d'assassinats nous rappelle notre devoir: tout faire pour lutter contre le terrorisme", a-t-il déclaré.

Dans un communiqué diffusé samedi en fin de journée, les membres du Conseil de sécurité de Nations unies ont également "fermement condamné" l'exécution. "En accord avec le droit international humanitaire, les journalistes, professionnels des médias et personnes associées engagées dans des missions professionnelles dangereuses dans des zones de conflit armé sont généralement considérés comme des civils et doivent être respectés et protégés en tant que tels", souligne le communiqué de l'ONU. Il demande à "toutes les parties" impliquées dans un conflit de respecter ces obligations et présente ses "condoléances aux familles des victimes"ainsi qu'au gouvernement français.

Les corps des deux journalistes français de RFI assassinés ramenés à Bamako 

Les corps des deux journalistes français de Radio France Internationale (RFI) assassinés samedi à Kidal après avoir été enlevés par des hommes armés, ont été ramenés dimanche à Bamako, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les corps des journalistes Ghislaine Dupont et Claude Verlon, ont été ramenés par un avion de l'armée française qui s'est posé à l'aéroport de Bamako à 18h00 (locales et GMT). Plusieurs officiels maliens, ainsi que le ministre français délégué aux anciens combattants, Kader Arif, en visite dans la région, se trouvaient à l'aéroport.