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"Si la paix s'impose, il y a quand même des chances» C'est avec un optimisme très mesuré que Gianfranco Rotigliano, responsable de la mission de l'Unicef au Congo, parle de l'avenir. En Ituri, en proie à la violence depuis 1999, les enfants sont doublement victimes de la situation dramatique.

Quand un village est attaqué, les agresseurs ne font pas de différence. Meurtres et viols, pillages touchent enfants comme adultes. Les effets psychologiques de la violence sont incalculables et les orphelins sont légion. Il arrive aussi que des enfants se trouvent séparés de leurs parents pendant un temps; à cause des déplacements de population, ils ou elles sont alors seuls pendant une période. L'Unicef a mis en place pour eux un système qui prend en charge les enfants seuls et cherche à les replacer chez leurs parents s'ils sont encore en vie, ou la famille plus éloignée dans la mesure du possible. Cette méthode rencontre un certain succès... mais ne peut pas faire de miracles.

7000 enfants soldats

Le cas le plus terrible pour les enfants, c'est leur recrutement par les forces armées. Toutes les factions qui s'opposent aujourd'hui dans la région ont recours à des enfants combattants; on pense qu'ils sont entre 7000 et 10000 en Ituri, soit un tiers de tous les miliciens. Certains observateurs estiment qu'ils pourraient être drogués, mais rien n'est sûr.

Quoi qu'il en soit, la violence extrême à laquelle ces enfants sont exposés suffirait à faire tomber les barrières. C'est d'ailleurs pour cela qu'ils sont recherchés comme combattants: ils peuvent aller plus loin dans la barbarie que les adultes. Un enfant que l'on a recruté tout jeune n'a pas les moyens moraux ou psychologiques de juger de ses actes. Il n'a pas la notion du bien et du mal qu'un adulte aurait, et il est très facilement excitable. Aux yeux des chefs miliciens, leur jeune âge ne justifie donc pas qu'on les écarte des combats les plus durs.

Pour améliorer la situation de ces enfants, il ne faut rien de plus et rien de moins qu'une paix durable dans la région. Les démobiliser maintenant serait illusoire: l'Unicef en avait réinséré 120 environ il y a un an et ils sont tous retournés combattre. Tant que le recrutement actif durera, les enfants repartiront à la guerre.

Le cas des filles n'est pas plus enviable que celui des garçons. Elles peuvent être recrutées pour combattre ou pour servir, mais finissent parfois comme esclaves sexuelles. Certaines ont eu des enfants pendant leur séjour dans les milices, ce qui rend la réinsertion d'autant plus compliquée.

Des conséquences graves

La route sera de toute façon longue pour que ces enfants puissent participer pleinement à une société apaisée. Leur réinsertion passe par un séjour dans des centres, qui dure entre 4 semaines et 3 mois. Là, ils sont à nouveau scolarisés, prennent des cours de rattrapage, font du sport, le tout en contact continu avec un encadrement formé. On offre aux cas les plus graves un soutien psychologique et social.

Le séjour en centre permet aussi de chercher activement les familles des enfants, si elles existent encore. On évalue alors la possibilité pour ces familles d'accueillir les enfants et, quand ils sont capables de mener un train de vie normal, on les y renvoie. S'il n'y a pas de famille, on forme directement ces enfants à la vie active.

Tout cela concerne le futur; pour le moment, le calme est encore loin de régner en Ituri. Quant aux conséquences à long terme de cet épisode, difficile d'en juger pour le moment. Il y a bien entendu des millions d'enfants congolais qui n'ont pas été enrôlés, mais la violence psychologique et physique à laquelle la génération a été exposée sera un frein au développement futur du pays.

Seule solution, d'après M. Rotigliano: une action diplomatique intense qui viserait tous les acteurs du conflit, congolais ou extérieurs: «Si on laisse les Congolais parler entre eux, il y aura une solution: ces gens habitent ensemble depuis toujours. Si, au contraire, les intérêts pour l'exploitation des ressources entrent en jeu, ce sera très difficile.»

© La Libre Belgique 2003