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ENTRETIEN

Dans ce type de catastrophes, quelles sont les priorités en matière d'aide humanitaire?

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les risques d'épidémies ne sont pas la priorité. Les cadavres constituent une faible menace pour la santé: bactéries et virus ne prolifèrent pas sur des corps morts. Cela étant, l'enterrement des cadavres est prioritaire, à la fois pour des raisons psychologiques -les rites funéraires ont des vertus cathartiques- que pour des raisons légales. Le certificat de décès permettra aux veuves d'accéder à l'aide humanitaire. Par ailleurs, il y a actuellement beaucoup trop d'eau saline pour favoriser des épidémies de paludisme ou de choléra. Elles se développent dans les eaux stagnantes et par ingestion et il faut des semaines d'incubation.

Qu'est ce qui est le plus urgent alors?

Le principal danger réside dans les infections respiratoires aiguës qui peuvent être fatales pour des bébés et les très petits enfants déjà affaiblis par la malnutrition. Il faut rappeler que la majorité des enfants qui souffrent de malnutrition se trouvent dans cette région. Depuis le tsunami, de nombreux enfants sont confrontés à un air saturé d'humidité, ils n'ont souvent plus d'abris et l'air est encore plus frais durant la nuit. Bref, ils sont sujets à des grippes et à des rhumes mais qui -vu leur condition- peuvent devenir mortels en 48 heures.

Quels sont les moyens de prévention adéquats?

Construire des abris le plus vite possible et distribuer des antibiotiques.

Quid de l'eau?

Elle doit être chlorée le plus possible, ce qui représente une opération plutôt simple. Car la simple diarrhée constitue l'autre danger majeur de la région. Rappelons qu'il s'agit d'enfants déjà sous-alimentés et fragilisés physiquement. Chez nous, diarrhées ou rougeoles sont relativement inoffensives, mais là-bas les risques de déshydratation sont démultipliés.

Vous pointez du doigt également la nécessité d'apporter un soutien financier à ces populations...

Dans ce genre de catastrophe, les victimes les plus «courantes» sont souvent les plus pauvres qui travaillent dans des secteurs informels de l'économie. Souvent, ils ont perdu leur outil de travail. Or, le filet social est inexistant et ils ne disposent d'aucun capital de réserve pour pouvoir se le reconstituer.

Cette énième escalade dans la paupérisation constitue une vraie tragédie car cela ne fait qu'entretenir la spirale infernale de la pauvreté. Je ne vous dis pas la catastrophe que cela peut représenter pour les femmes en Inde, par exemple.

La mobilisation internationale paraît pour le moins déterminée...

Oui, et il faut dire que l'aide d'urgence dans les cas de catastrophes naturelles fait l'objet de recherches et d'améliorations constantes. Il n'empêche, quant les médias auront quitté la zone sinistrée...

© La Libre Belgique 2004