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La Belgique a déployé discrètement une avant-garde de quatre membres de ses forces spéciales dans une base située au sud d’Erbil, sur la route de Kirkouk, a appris "La Libre Belgique" de sources bien informées. C’est un déploiement pour le moment symbolique, mais néanmoins significatif car les forces spéciales ont rarement été utilisées dans les opérations de l’armée belge à l’étranger.

Ces quatre militaires, dont un officier, ont pour mission de préparer le terrain au déploiement d’un plus grand nombre d’instructeurs belges dans le Nord du pays. Ils sont hébergés dans une base des peshmergas, où sont stationnées également des forces américaines.

"La Libre Belgique" a connaissance de l’emplacement exact de cette base mais, pour des raisons de sécurité, ne souhaite pas divulguer l’information.

En septembre, l’un des propagandistes de l’Etat islamique, le Français Rachid Kassim, a diffusé sur la messagerie Telegram une liste de 300 militaires belges à éliminer. L’organisation terroriste s’est basée sur les profils Facebook de ces soldats pour les identifier. Depuis cet incident jugé "sérieux", l’armée belge a rappelé aux soldats basés à l’étranger qu’il leur est interdit de diffuser des éléments sur des opérations en cours et leur a demandé d’être extrêmement prudents dans leurs communications privées. Parfois un selfie suffit à identifier une base.

Dans cette nouvelle opération, l’idée est de suivre les forces spéciales irakiennes formées à Bagdad et de les soutenir jusqu’à la limite de l’ancienne ligne de front. Les soldats belges ne participent pas aux combats contre l’Etat islamique mais restent en soutien derrière les lignes des peshmergas kurdes, selon nos informations.

La décision de déployer les forces spéciales a été prise en juillet dernier par le gouvernement mais celle-ci, et surtout sa mise en œuvre, n’ont pas été annoncées publiquement. Didier Reynders avait évoqué un déploiement de soldats belges "plus proche du front" lors d’une visite à Bagdad en mai dernier. Le ministre de la Défense Steven Vandeput a indiqué lundi à l’agence Belga que le déplacement des instructeurs belges se fera d’ici la fin de l’année. "Mais ils n’iront pas au front et resteront dans un endroit sécurisé", a souligné le ministre.

Plusieurs pays - la France, les Etats-Unis, les Pays-Bas et d’autres - ont déjà déployé au Nord leurs forces spéciales pour soutenir l’offensive en cours destinée à libérer la ville de Mossoul.

Dans le "noyau dur" de la coalition

Mardi, la Belgique est entrée dans le "noyau dur" des pays combattant l’Etat islamique en participant pour la première fois à une réunion à Paris de treize ministres de la Défense. La coalition internationale contre Daech comporte une soixantaine de pays, dont des pays arabes et les pays de l’Otan. Mais certains pays en font plus que d’autres. Manifestement, ceux-ci ont décidé qu’il était temps d’inclure la Belgique dans le "small group" des contributeurs les plus importants.

Six chasseurs-bombardiers F-16 opèrent déjà des frappes contre Daech à partir d’une base en Jordanie, tandis qu’une trentaine de soldats entraînaient jusqu’ici des forces spéciales irakiennes à Bagdad dans le cadre de l’Opération Valiant Phoenix. Ils ont formé les Irakiens notamment au tir de sniper et à l’assistance médicale. Le détachement de Bagdad est mixte, lié à la force terrestre, et comprend des forces spéciales.