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"Le cauchemar est terminé!" , a déclaré lundi, en début d’après-midi, le Premier ministre ivoirien Guillaume Soro à la télévision de Ouattara, alors que venait d’être annoncée l’arrestation de l’ex-président Laurent Gbagbo et de son épouse officielle, Simone, ainsi que de son fils aîné, Michel, issu d’un premier mariage avec une Française.

L’ex-chef d’Etat a été conduit au quartier général du président Ouattara, l’hôtel du Golf; le Président élu n’a pu, en effet, jusqu’ici s’installer dans les lieux officiels du pouvoir, ceux-ci restant occupés militairement par le perdant de l’élection présidentielle de novembre 2010, qui refuse d’admettre sa défaite. Selon l’ambassadeur de M. Ouattara aux Nations unies, Laurent Gbagbo, son épouse et Michel Gbagbo sont "en bonne santé ". Il a ajouté que le premier serait présenté devant la justice pour être jugé.

L’ex-chef d’Etat ivoirien Laurent Gbagbo a souhaité lundi soir "qu’on arrête les armes" et "qu’on rentre dans la partie civile de la crise" dans une déclaration diffusée après son arrestation sur la télévision TCI du nouveau président Alassane Ouattara. "Je souhaite qu’on arrête les armes et qu’on rentre dans la partie civile de la crise, et qu’on conclue rapidement pour que le pays reprenne", déclare Laurent Gbagbo. Sur des images diffusées dans un premier temps sans son par la chaîne TCI, on voit M. Gbagbo entrer dans une chambre, s’asseoir sur un lit, entouré de plusieurs hommes debout avec lesquels il converse.

C’est le représentant de Gbagbo à Paris, Toussaint Alain, qui a annoncé, le premier, l’arrestation de son patron, assurant qu’il avait été arrêté "par les forces spéciales françaises" qui l’auraient "remis à des chefs de la rébellion" (ce dernier mot désigne, chez les gbagbistes, le camp Ouattara, puisqu’ils refusent d’admettre la défaite électorale de Laurent Gbagbo). L’ambassadeur de France à Abidjan, Jean-Marc Simon - dont la résidence jouxte celle de l’ex-chef d’Etat, à Cocody - a déclaré, un peu plus tard : "M. Gbagbo a été arrêté par les Forces républicaines de Côte-d’Ivoire (NdlR : FRCI, nom officiel de l’armée de Ouattara) et conduit à l’hôtel du Golf par les FRCI." Une source diplomatique française citée par l’AFP affirme que les forces spéciales françaises "ne sont pas entrées dans l’enceinte de la résidence " des Gbagbo.

Cette arrestation fait suite à des offensives d’une part de la force française Licorne (chargée par l’Onu d’appuyer les casques bleus) et de l’Onuci (Opération de l’Onu en Côte-d’Ivoire), et d’autre part des troupes de Ouattara.

Les premières sont entrées en actions dimanche soir et toute la nuit suivante, pour frapper, par des tirs de missiles, les places fortes des gbagbistes, transformées en véritables poudrières tant le nombre de munitions et d’armes lourdes y était important, actionnées par des soldats d’élite de Gbagbo, des mercenaires et des miliciens. Selon un porte-parole de l’Onu, ces tirs ont "ciblé et touché plusieurs endroits différents dans lesquels nous avons trouvé des armes lourdes, pas seulement autour de la résidence de Gbagbo mais tous les endroits où nous savons qu’il y a des armes lourdes ". Selon des témoins interrogés par Reuters, une base navale et plusieurs bases militaires aux abords d’Abidjan ont été également visées.

Pendant que le camp Gbagbo criait que le pilonnage était une tentative d’"assassiner" son chef et dénonçait "le racisme de la France" , Paris assurait s’en tenir à sa mission de protection des civils, pour éviter "un bain de sang" . "La France n’a pas pour mission de chasser Laurent Gbagbo militairement", assurait le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino.

De nouveaux pilonnages de Licorne et l’Onuci ont eu lieu dans la matinée de lundi, alors que les gbagbistes affirmaient que la résidence privée des Gbagbo, au sous-col de laquelle ils étaient retranchés dans un bunker depuis le 1er avril avec quelques fidèles, avait été partiellement détruite.

Au même moment, une offensive généralisée des forces de Ouattara a été lancée. D’importants combats au sol ont eu lieu sur les grands boulevards conduisant de la résidence Gbagbo à l’hôtel du Golf, à Cocody, ainsi que dans les environs du palais présidentiel, près de la télévision d’Etat (aux mains de gbagbistes) et de l’Ecole de gendarmerie, deux autres places fortes des troupes de l’ex-président.

En fin de matinée, Reuters signalait qu’une trentaine de véhicules militaires français transportant chacun quatre à huit soldats quittaient leur base en direction du centre-ville. Un peu plus tard, l’agence de presse ajoutait qu’un habitant signalait qu’une trentaine de véhicules blindés de Licorne, appuyés par un hélicoptère, approchaient de la résidence des Gbagbo. Peu après, leur arrestation était annoncée.

MFC (avec Reuters et AFP)