International Correspondante aux États-Unis

Le procès qui s’est ouvert sur la base militaire de Guantanamo est celui que personne ne voudrait voir. L’image d’Omar Khadr, de nationalité canadienne, âgé de 15 ans au moment des faits reprochés, accusé de crime de guerre, soumis à la torture et enfermé pendant huit ans dans la prison américaine de Cuba, n’arrange pas la réputation de l’administration Obama en matière de justice internationale.

Les Nations Unies et les organisations de droit de l’homme ont dénoncé les méthodes utilisées par l’accusation. Ce qui se joue à Guantanamo " est un rappel évident qu’au lieu de clore l’histoire des commissions militaires de l’ère Bush, le président Obama en ajoute un triste chapitre ", a fait savoir l’American Civil Liberties Union (ACLU), important organisme de défense des droits civiques aux Etats-Unis. Pendant sa campagne électorale, Obama avait promis de fermer Guantanamo et de révoquer les tribunaux militaires mis en place pour juger " les ennemis combattants ", selon l’expression utilisée par l’administration Bush pour désigner les prisonniers capturés sur les champs de bataille en Afghanistan et en Irak. La Cour Suprême américaine avait jugé ces tribunaux militaires d’exception inconstitutionnels.

"La promesse du président Obama de fermer Guantanamo est revenu le hanter ", note le magazine Time à l’occasion du procès. Sans un accord du Congrès sur le sort des derniers détenus, Obama a remis en place les commissions militaires, avec quelques ajustements en faveur de la défense. Trop peu, selon les organisations des droits de l’homme. Le procès d’Omar Khadr est montré en exemple. " Ils (le ministère public) ne pouvaient pas choisir un cas plus difficile pour commencer ", affirme Tom Parker, d’Amnesty International. Dans la nouvelle version des cours militaires, les "aveux" obtenus sous la torture ne sont pas recevables. Or, le juge militaire Patrick Parrish a créé la surprise en déclarant que ceux d’Omar Khadr l’étaient.

Le magazine Newsweek s’en inquiète : " Si l’idée derrière cette première commission de l’administration Obama était de souligner l’approche équitable de la justice américaine, alors rouer de coups un adolescent canadien et puis le frapper encore (à travers le système judiciaire) n’est probablement pas la meilleure manière de le faire ".