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Et de quatre! L'incident survenu aujourd'hui à Tihange, où un transformateur d'énergie a pris feu, rend inutilisable une quatrième centrale nucléaire belge (sur sept au total). Heureusement, la Belgique peut compter sur l'aide du nucléaire français le temps de la remise à niveau de la centrale. Mais pourra-t-elle toujours le faire? Dans l'Hexagone, on s’inquiète du survol, le même jour, de cinq centrales nucléaires par des drones. Pourquoi? Qui? Le gouvernement est dans le flou le plus total, car ces survols ne représentent aucun danger en termes de sécurité nucléaire. Et si ces drones cherchaient autre chose?

Dans une centrale, la sécurité nucléaire ne fait pas tout

Ce jeudi, Bruno Comby était l'invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC. Expert indépendant sur les questions nucléaires, ancien d'EDF, et président de l'association des écologistes pour le nucléaire, l'homme s'est livré à une analyse de la situation sur le nucléaire français, et la présence mystérieuse de ces drones.

Ces drones, (r)assure-t-il, ne présentent  "aucun risque du point de vue de la sécurité nucléaire". Ouf? Pas exactement, car pour Bruno Comby, l'inquiétude n'est pas à chercher derrière des murs en béton armé d'un mètre d'épaisseur. En effet, si l'énergie nucléaire est bel et bien en sécurité, il n'en est pas de même pour chaque mètre carré de la centrale. Et l'expert s'interroge: les drones qui survolent les centrales le font de nuit. Quel serait leur intérêt? Repérer les sources de chaleur. Celle d'un transformateur, par exemple.

Car, c'est, pour l'expert et le journaliste, le "talon d'Achille" des centrales nucléaires. En effet, si une anomalie survient sur un transformateur (un incendie, par exemple, comme c'était le cas aujourd'hui à Tihange), la centrale s'arrête, et d'autres centrales prennent la relève énergétique le temps du remplacement du matériel. Mais si plusieurs transformateurs viennent à faillir en même temps, alors " on fait tomber le réseau électrique, soit d'une région, soit de la France entière. Et si on fait tomber la France, on fait tomber toute l'Europe. Et ça devient extrêmement grave." 

La mise à l'arrêt de notre monde moderne

Car cela signifie, grosso modo, la mise à l'arrêt du monde moderne occidental et de son économie. "Le monde moderne, dans lequel nous vivons, dépendant en énergie en général et en électricité en particulier, s'arrête. Il n'y a plus de communication, les usines ne fonctionnent plus, il n'y a plus de travail, l'économie s'arrête." Et l'expert va plus loin: non seulement l'Europe pourrait être au point mort, mais elle pourrait l'être longtemps. Car un transformateur, cela se remplace, des unités de remplacement sont prévues. Mais si l'on fait tomber vingt transformateurs en même temps, la donne change: il faut en construire de nouveaux, et cela peut prendre des mois.
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"Plus grave que le 11 septembre"

Si l'hypothèse de Bruno Comby est la bonne, la catastrophe est donc à portée de drones, ces drones qui " cartographient " les centrales nucléaires françaises. Aux mains de terroristes, on peut donc imaginer une attaque groupée de drones sur ces transformateurs, plongeant l'Europe dans l'obscurité pour une période indéterminée. "Il y a peut-être des personnes en train de préparer quelque chose de beaucoup plus grave encore que les attentats du 11 septembre. Le 11 septembre c'était gravissime, il y a eu 2000 morts, mais la société américaine a continué à fonctionner. Ici, il n'y aura pas 2000 morts, on va brûler quelques transformateurs. Mais les conséquences sont de mettre par terre toute l'industrie, toute l'économie d'un pays."

L'expert espère donc que ces drones ne sont que l'oeuvre de "quelques plaisantins". Mais pour lui, envoyer des drones sur cinq sites nucléaires le même jour, avec certains drones pouvant faire jusqu'à deux mètres d'envergure, cela "ne peut pas être des rigolos, ce n'est pas inoffensif."