Louis Michel: "l'intervention en Libye pour se mettre en accord avec nos consciences"

V.V.V Publié le - Mis à jour le

International "L'appui des forces internationales était nécessaire". M. El Ghariani, opposant au régime libyen, lançait le débat sur cette position tranchée.

L'intervention de la coalition internationale en Libye était pourtant loin de faire l'unanimité sur le plateau de la RTBF, ce midi. Cette guerre est-elle légitime ou sert-elle de trompe l'œil aux Occidentaux, leur permettant la réalisation de leurs intérêts?

"Pour une fois, la Communauté Internationale aligne ses actions sur ses déclarations", se réjouissait Louis Michel, député européen. Ainsi, cette guerre serait motivée par le besoin de "se mettre en accord avec nos consciences".

Il existait une relative unanimité dans les rangs des politiques présents sur le plateau. Ainsi, Georges Dallemagne, chargé des relations internationales au CDH, justifiait lui aussi l'intervention en Libye par le biais des valeurs prônées par les révolutions arabes. "Il est question de la manière dont l'Europe conçoit ses propres valeurs fondamentales; la liberté, la dignité et la démocratie." L'UE se devant d'agir, au regard de ses valeurs, pour garantir son influence future.

Ces justifications étaient cependant vite contrées par le journaliste Michel Collon, fermement opposé à l'intervention internationale en Libye. Selon lui, "nous sommes dans un cas de guerre civile pour le pouvoir et non pas dans de la répression pure et simple des manifestants". Malaise sur le plateau. Il posait alors cette question: "Allons-nous donc intervenir militairement partout ailleurs?". Et de prendre l'exemple de l'occupation israélienne en Palestine, sujette à de nombreuses résolutions de l'ONU, sans pour autant que ces dernières soient appliquées par l'occupant... laissant muette la Communauté internationale.

Guy Spitaels, ministre d'État, ne s'éloignait pas tellement de cette position. "On tue allègrement en Syrie, au Yémen et à Barheïn. Mais dans ces pays là, on ne fait rien...". L'intervention tout comme l'indignation est-elle sélective? "Le mouvement international doit être universaliste", pour G. Spitaels.

Quels sont donc les intérêts, en filigrane, derrière cette guerre? "Il faut bien sûr prendre en considération les intérêts des grandes puissances et les éléments géostratégiques", précisait G. Spitaels.

La résolution de l'ONU vise à protéger les civils. S'y limite-t-elle? L'objectif final n'est-il pas de chasser le colonel Kadhafi du pouvoir? "La résolution vise à protéger la population mais ne le permet pas via des opérations terrestres", précisait Maître Bauthier.

"Par contre, les rebelles ne sont plus considérés comme des civils. On ne leur doit donc pas la protection", précisait Olivier Corten (professeur de droit international- ULB). "En bombardant les positions du régime, la coalition se range incontestablement de leur côté". Il n'excluait d'ailleurs pas une intervention des troupes au sol, "mais qui ne serait pas une force d'occupation". "Ce sera au peuple libyen de marcher sur Tripoli, pas aux forces internationales", réagissait Isabelle Durant. L'objectif des frappes est donc, selon O. Corten, "de faciliter un dialogue politique." Ce sur quoi les intervenants s'accordaient. "Il faut permettre un processus politique le plus rapidement possible", demandait Dallemagne.

Le président de la Chambre - et ancien ministre de la Défense - André Flahaut (PS), intervenant sur RTL TVi, a réclamé que la coalition internationale qui s'est constituée pour faire appliquer la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU fixe rapidement une stratégie de sortie.

"Il faut déterminer une stratégie de sortie à Londres" (où se réunissent mardi les ministres des Affaires étrangères du Groupe de contact sur la Libye formé à l'initiative de la France, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis), a lancé M. Flahaut lors de l'émission Controverse.

Isabelle Durant se défendait d'un quelconque "impérialisme moral" de la part de l'Occident. Elle était rejointe par le ministre des affaires étrangère, Steven Vanackere (dans "L'indiscret"), désireux de s'écarter de tout paternalisme ou néo-colonialisme.

Doit-on craindre le "Péril vert"? Louis Michel s'insurgeait alors face à ces inquiétudes. "Ce n'est pas une révolte portée par le fondamentalisme mais fondée sur des valeurs de liberté et de démocratie, que nous supportons."

V.V.V

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