International

Ne vous avisez pas de lui dire qu'il est "fashion designer". Non, il est "grand couturier", clame-t-il en français, avant de préciser, en anglais, qu'il comptait parmi ses riches et/ou célèbres clients des personnalités comme Helmut Kohl ou la première dame du Congo-Brazaville. Après 52 années passées dans le milieu de la création de vêtements, Barbaros Sansal avait 27 salariés. Il est pourtant aujourd'hui sans emploi. Ce Turc de 59 ans a été emprisonné en début d'année, durant deux mois, pour avoir posté une vidéo critique sur les réseaux sociaux.

Dans la capsule, celui qui est aussi activiste LGBT reprochait à la population turque de fêter le Nouvel an alors que "des journalistes sont arrêtés", que "des enfants subissent des abus" ou encore que "la corruption et les pots de vin prospèrent". Barbaros Sansal terminait par ces mots : "Turquie, noie-toi dans ta merde". Ces propos lui ont valu d'être inculpé pour "incitation du public à la haine ou à l'hostilité".

Barbaros Sansal est l'Invité du samedi de LaLibre.be.


Comment s'est déroulée votre arrestation ?

Le 2 janvier, j'étais en Chypre du Nord lorsque j'ai été arrêté illégalement, sans que les autorités ne fournissent de document attestant une décision formelle d'extradition. J'ai pourtant été mis dans un avion et envoyé en Turquie. A mon arrivée sur le tarmac, j'ai été lynché par des travailleurs de l’aéroport Atatürk d'Istanbul qui m'attendaient. J'ai ensuite été arrêté par la police et mis en prison.

Vous êtes resté deux mois en détention préventive. Comment s'est passée cette période ?

J'ai été place durant 56 jours à Silivri, près d'Istanbul, où de nombreux journalistes sont détenus. Ma cellule mesurait l'équivalent de trois pas de long sur trois pas de large, sans lumière du jour. J'étais complètement isolé. J'ai voulu emprunter des livres à la bibliothèque. Ils m'ont donné une liste de 1400 références dont 1300 concernaient l'islam. J'ai finalement trouvé un bouquin qui m'intéressait, d'Ahmed Altan ( NdlR : journaliste et auteur turc ). Le gardien m'a répondu qu'il n'était plus disponible mais qu'Ahmed Altan était désormais dans cette prison, lui aussi !

Dans la vidéo incriminée, vous parlez d'abus d'enfants. Que voulez-vous dire ?