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Au milieu de ce mois de février, un homme de 23 ans est abattu de plusieurs balles en pleine tête devant un restaurant thaï au centre Malmö, au sud de la Suède. Nouveau règlement de comptes. Un fléau qui gangrène depuis quelques années cette cité cosmopolite au bord du détroit du Sund. Des violences qui inquiètent de plus en plus les autorités et la population.

Cet assassinat fait suite à un autre, deux semaines plus tôt, d’un gardien d’immeuble de 50 ans abattu de 5 balles selon des témoins par un ado de 15 ans, au casier judiciaire chargé, alors qu’il déblayait la neige sur les chemins de la propriété à Rosengaard, un quartier sensible dans la banlieue de Malmö qui a vu grandir Zlatan Ibrahimovic, la vedette du football suédois. Grièvement blessé, il est toujours dans un état critique et les enquêteurs ignorent encore les raisons de cette exécution en règle d’un père de famille apparemment sans histoires.

Epidémie de violence

Ces crimes sont loin d’être des cas isolés dans la troisième ville de Suède où vivent 330 000 habitants dont 44 % sont d’origine étrangère et représentent 177 nationalités. Ces dernières années, la ville, principale porte d’entrée des réfugiés en Suède, a été secouée par plusieurs vagues de violences : attaques à la grenade, voitures brûlées, fusillades entre bandes rivales se disputant le trafic de drogue, des armes et leurs territoires. Malmö, cité jadis paisible, est devenue le Marseille suédois. 

En 2016, la police y a enregistré 11 morts violentes et plusieurs blessés, jeunes d’origine étrangère pour la plupart, et la série noire continue avec 4 nouveaux crimes à l’arme à feu et peut-être une cinquième victime depuis le début de l’année. D’autant qu’il est facile de se procurer des armes à Malmö proche du Danemark et du continent européen, ce qui explique le nombre de pistolets, fusils, grenades entre les mains des bandes de jeunes, selon la police.

De passage dans cette ville, le ministre de l’Intérieur Anders Ygeman s’est dit "très préoccupé, tout comme le gouvernement, par cette escalade de la violence et le développement de la criminalité organisée à Malmö". "Nous devons réunir toutes les ressources de la société pour frapper durement cette criminalité et y mettre un terme", affirme-t-il, proposant de nouvelles mesures pour traquer les bandes comme "plus de caméras et plus de moyens à la police avec des écoutes secrètes et un accès aux données cryptées, car les criminels délaissent les communications mobiles courantes pour Skype, Viber ou Telegramme".

Mais "les citoyens ont aussi la responsabilité de ne pas nourrir le terreau de la criminalité organisée. Il faut réfléchir à deux fois avant d’acheter de l’alcool sous le manteau, de prendre des taxis clandestins, de se faire coiffer pour 50 couronnes (5 euros) ou de se procurer de la cocaïne pour le week-end. Car en agissant ainsi, on fait partie de la chaîne qui nourrit la criminalité organisée et chacun participe ainsi, indirectement, à la propagation de la violence", pense-t-il.

Le commissaire de Malmö, Stefan Sintéus, impuissant face à l’escalade de la violence, a proposé quant à lui une solution radicale : expulser de la ville les jeunes pris armes à la main, et recourir à des témoins anonymes dans l’espoir de résoudre des crimes toujours non élucidés. Pour le gouvernement, la priorité première est de ramener le calme dans la cité et sa banlieue et d’apaiser les craintes croissantes d’une population inquiète par la poursuite des violences et qui ne sort plus dans certains quartiers, la nuit venue. 

"La sécurité n’a jamais été pire qu’aujourd’hui. J’ai si peur qu’il arrive quelque chose à ma famille ou moi-même", confie Nasra Ahmed, une mère de deux enfants, au ministre de l’Intérieur en visite au quartier de Rosengaard. "Dites-le à Stockholm, car il faut agir maintenant", dit-elle, en prenant un selfie avec M. Ygeman. Ce sentiment d’insécurité renforce la popularité de l’extrême droite très présente au sud de la Suède, et qui rejette la faute sur le laxisme du gouvernement de gauche face à l’invasion des migrants. 

Mais la criminalité qui sévit à Malmö n’est pas nourrie uniquement par le trafic des armes et de la drogue. "C’est aussi le résultat d’une intégration des immigrés qui bat de l’aile, dans une ville au chômage important, aux résultats scolaires mauvais parmi les jeunes laissés à eux-mêmes", selon le criminologue Jercy Sarnecki de l’université de Stockholm. Selon l’association Red Barnat (Sauvez l’enfant), 31 % des enfants de Malmö grandissent dans des familles précarisées, les plus pauvres de Suède.