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Ce dimanche 4 septembre, soit à un jour près, 19 ans après son décès à l’âge de 87 ans, mère Teresa de Calcutta a été canonisée à Rome par le pape François au commencement d'une messe de canonisation célébrée sur la place Saint-Pierre de Rome devant quelque 100.000 fidèles.

"Nous déclarons la bienheureuse Teresa de Calcutta sainte et nous l'inscrivons parmi les saints, en décrétant qu'elle soit vénérée en tant que telle par toute l'Eglise", a déclaré le pape François, en prononçant la "formule de canonisation" rituelle.

Ainsi la fameuse religieuse au sari blanc bordé de bleu, adorée par nombre de catholiques mais aussi contestée par nombre d’entre eux (lire ci-dessous) a rejoint l’immense cohorte des saints de l’Eglise.

A l’instar d’une sœur Emmanuelle, d’un abbé Pierre et de tant de religieux ou de religieuses anonymes, cette "femme de Dieu" a tenu à vivre le message évangélique "sur le terrain" parmi le quart-monde du tiers-monde. Mère Teresa s’identifia tellement à son combat quotidien pour la survie qu’elle partagea leurs souffrances en se sous-alimentant ou en vivant dans des conditions indignes d’un monde qui se prétend civilisé.

Des bonnes écoles huppées aux trottoir-mouroirs

Gonxhe Agnes Bojaxhiu était née le 26 août 1910 à Skopje, alors dans l’empire ottoman, de parents albanais originaires d’Allemagne. Dès l’adolescence, elle entendait se dévouer pour les moins favorisés, se sentant vite appelée à rejoindre le tiers-monde. Après un passage par le couvent de Notre-Dame de Lorette, près de Dublin, elle fut envoyée à Darjeeling, en Inde, pour y accomplir son noviciat.

En 1929, elle entra à la St Mary’s High School de Calcutta comme professeur de géographie avant de diriger l’école. Parallèlement, on lui confia le suivi de la Congrégation des Filles de Ste-Anne. Sa vie était bien remplie mais se confinait à la bonne société indienne. Elle lui tourna le dos le 10 septembre 1946. Autorisée à vivre hors du couvent, elle se consacra aux déshérités des slums , les quartiers de taudis. Avec une formation d’infirmière en poche, elle affronta la misère dans la rue, amenant au mouroir les agonisants que les hôpitaux refusaient; elle s’occupa aussi des femmes seules et développa des maternités.

Devenue indienne en 1949, elle créa les Missionnaires de la charité. La congrégation essaima en Inde même puis s’installa au Venezuela en 1965, au Sri Lanka en 1967, en Tanzanie, mais aussi dans les quartiers pauvres de Rome, en Australie, à New York. En Belgique aussi ses combats étaient relayés par une fondation lancée à Gand fin 1979. Face à l’inacceptable désarroi des mouroirs, la religieuse forma aussi des Frères missionnaires à des tâches difficiles à assumer par des femmes. Tous ces engagements valurent à la religieuse de recevoir le prix Nobel de la paix en 1979.

Pas de banquet après la remise du Nobel !

On parla à l’époque d’ "un retour aux sources du Nobel" … Il faut dire qu’elle avait refusé le banquet offert aux lauréats, préférant offrir le budget aux pauvres de Calcutta. Suite à des problèmes cardiaques, elle avait dû céder le relais. Mais cette petite femme hyper-énergique avait continué à voyager à travers le monde pour diffuser sa cause. Ses causes… car on gardera aussi d’elle l’image d’une femme n’hésitant pas à prendre dans ses bras des malades new-yorkais du sida. Un peu à l’instar de ce que fit son amie la reine Fabiola qui assista à sa béatification , en 2003.

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Une femme au caractère trempé qui ne faisait pas l’unanimité

Sa cause en béatification, première étape vers la sainteté, avait été ouverte très vite . Dès janvier 1999 en effet, le Vatican annonçait que la demande de sainteté de Mère Teresa pourrait être déposée avant le 5e anniversaire de sa mort, comme l’exigeait alors la règle. Ce fut fait et elle devint bienheureuse dès 2003. Avec l’appui inconditionnel de Jean Paul II qui tenait à rendre cet hommage à "cette petite femme amoureuse de Dieu, humble messager de l’Evangile et infatigable bienfaitrice de l’humanité"

Pas question cependant de mettre en doute le procès en béatification comme le fit le polémiste britannique et icône du mouvement athée, Christopher Hitchens, car on rassembla comme cela s’imposait des écrits de Mère Teresa, des lettres, des témoignages…

Plus de 80 volumes faisant 35 000 pages avaient été réunis. Finalement cela avait débouché sur une biographie-dossier de 5 000 pages. Au contraire, pour Hitchens qui n’a jamais fait dans la dentelle d’Eglise, elle n’était qu’ "une fanatique, une fondamentaliste et une imposture" . Un brin excessif…

Une vision doloriste critiquée

Reste que la personnalité de Mère Teresa pose encore question à un grand nombre de catholiques qui n’ont jamais compris son intransigeance face à la contraception et à l’avortement. Ni son intervention dans des débats politiques sur ces sujets. Moult sourcils médicaux se froncèrent aussi face à l’insistance qu’elle mettait à offrir une mort digne dans les rues de Calcutta. Il est apparu que les conditions d’hygiène cédaient le pas, dans les mouroirs, à une certaine exaltation de la souffrance. Pire, sa vision doloriste n’a jamais remis en question les causes structurelles de la pauvreté.

La proximité gênante de dictateurs

Puis, d’autres critiques surgirent après qu’on l’ait vue se recueillir sur la tombe du dictateur albanais Enver Hodja ou lorsqu’elle avait accepté des dons du dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier ou ceux de financiers peu recommandables. Des points négatifs qu’on passe au bleu à Rome : un saint n’est pas parfait d’un bout à l’autre de son existence… A preuve, en septembre 2007, "Time" révélait que Mère Teresa avait douté de l’existence de Dieu pendant 50 ans. Elle se demanda ainsi dans une lettre où était sa foi. "Tout au fond de moi, il n’y a rien d’autre que le vide et l’obscurité. Mon Dieu, que cette souffrance inconnue est douloureuse", y écrivait-elle. Mieux encore, elle avait dit au début des années 60 que si un jour elle devenait sainte, elle "serait sûrement celle des ténèbres"