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Le traité qui organise le Brexit "n'est pas la fin de l'histoire", a insisté jeudi à Bucarest le négociateur en chef de l'Union européenne pour le Brexit, Michel Barnier, au lendemain d'un deuxième rejet de l'accord par les députés britanniques. "L'autre partie de l'histoire est beaucoup plus importante, à savoir la deuxième négociation pour organiser le futur de la relation avec le Royaume-Uni", un pays "allié", a-t-il déclaré devant les élus locaux réunis dans la capitale roumaine à l'occasion du 8e sommet européen des régions et des villes. Applaudi debout par l'assemblée, Michel Barnier a exposé pendant près d'une heure les enjeux du Brexit et les leçons qu'il en tire alors que, à Londres, les députés britanniques s'apprêtaient à voter pour un report de la date de sortie de leur pays de l'Union européenne.

"Le Brexit, c'est du lose-lose", a affirmé le Français qui négocie depuis 18 mois un accord de retrait. "Il n'a aucune valeur ajoutée; personne n'a été capable de me montrer sa valeur ajoutée, pas même monsieur Farage", a-t-il poursuivi, avant de raconter une discussion passée avec l'eurodéputé Nigel Farage.

Alors qu'il demandait à ce fervent partisan d'un Brexit "dur" comment il envisageait le futur de la relation entre l'Union et le Royaume-Uni après le Brexit, il s'est vu répondre: "Mister Barnier, after the Brexit the Union will no longer exists" (après le Brexit, l'Union n'existera plus), a relaté Michel Barnier, qui y voit une mise en garde.

Le négociateur européen a ensuite assuré qu'il "n'y a jamais eu et n'y aura jamais" dans son chef "d'agressivité", ni "d'esprit de revanche", ni "d'esprit de punition" et que, s'il regrettait la décision d'une majorité de Britanniques de quitter l'UE, il la respectait.

La rejet de l'accord par la Chambre des communes "prolonge et aggrave l'incertitude" créée par le référendum, a-t-il néanmoins déploré, tandis que les conséquences du Brexit sont "innombrables" et "largement sous-estimées".

Les dispositions relatives à l'Irlande prévues dans le traité visent à assurer rien de moins que "la paix" dans cette île où le Brexit n'est pas "une question théorique, une question de dogmatisme", et où il n'est "pas possible" de remettre une frontière, a encore souligné l'ex-commissaire européen. Le texte entend aussi préserver "l'intégrité du marché unique", et donc notamment la santé des consommateurs et les intérêts des entreprises européennes face au risque de contrefaçon.

Les discussions sur ce point sont dans une "impasse", a-t-il reconnu. "Nous devons nous préparer à ce qu'on appelle le no-deal (une sortie sans accord, NDLR)", a-t-il alors répété, "une situation que je ne souhaite pas et pour laquelle je n'ai jamais travaillé".

Enfin, Michel Barnier a invité les acteurs de l'Union européenne à tirer les leçons du Brexit par des politiques proactives. "Ce sentiment que l'Europe ne protège pas, ne fait pas assez pour la croissance et la cohésion, il faut l'écouter", a-t-il imploré.

"Plus personne ne nous attend. Tous les 10 ans, un pays européen est éjecté du tableau du G8. (...) Mais à 27, ensemble, nous restons à la table avec les grandes puissances du monde qui sont là et vont y rester définitivement. Moi je ne me suis pas engagé en politique pour être spectateur, mais pour être acteur. (...) Dans le monde d'aujourd'hui, il faut être européen en plus d'être acteur dans son territoire ou son pays", a-t-il conclu.