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Des gouvernements européens aux grands noms de la littérature et du cinéma, la mobilisation a pris de l’ampleur lundi pour sauver de la mort par lapidation Sakineh Mohammadi Ashtiani, mère de famille condamnée en Iran pour adultère et complicité de meurtre.

"La France, avec ses partenaires européens, examine actuellement tous les moyens qui peuvent être mis en œuvre pour éviter que la condamnation de Sakineh Mohammadi Ashtiani soit mise à exécution", a déclaré la porte-parole adjointe du ministère français des Affaires étrangères. Par ailleurs, dix-sept personnalités françaises et internationales, dont de grands noms du monde intellectuel et artistique, ont publié lundi en France, à l’initiative du philosophe Bernard-Henri Lévy, une tribune de soutien à cette Iranienne de 43 ans, mère de deux enfants.

Les écrivains espagnol Jorge Semprun, franco-tchèque Milan Kundera et nigérian Wole Soyinka ont signé ce texte, tout comme le chanteur et humanitaire Bob Geldof, le prix Nobel de la paix Jody Williams ou encore les actrices Juliette Binoche et Mia Farrow. Plusieurs responsables politiques françaises, comme l’ex-ministre Simone Veil ou la socialiste Ségolène Royal, s’y sont associées.

La révélation début juillet de l’exécution imminente par lapidation de Mme Mohammadi Ashtiani avait déjà suscité une vague d’indignation dans le monde. La justice iranienne a annoncé, le 11 juillet, la "suspension pour des raisons humanitaires" du verdict.

Mercredi dernier, le visage largement caché par un voile, Sakineh Mohammadi Ashtiani avait fait des aveux à la télévision d’Etat iranienne pour dire qu’un homme avec qui elle était intime avait tué son mari en sa présence. Ses deux avocats se sont dits convaincus qu’il s’agissait d’aveux forcés. L’un d’eux, Javid Kian, a affirmé qu’elle avait été "frappée violemment et torturée jusqu’à ce qu’elle accepte d’apparaître face à la caméra". Me Kian, qui n’a pu voir sa cliente détenue depuis deux ans à la prison de Tabriz (nord-ouest de l’Iran), a dit s’attendre à ce que la Cour suprême rende dans les prochains jours son verdict final. "Ces aveux renforcent nos craintes que l’Iran exécutera bientôt cette femme", s’est alarmée samedi l’organisation Human Rights Watch (HRW).

"On s’acharne sur elle de toutes les manières possibles", a relevé son autre avocat qui a trouvé refuge en Norvège, Mohammad Mostafaei, dans une interview réalisée par Bernard-Henri Lévy et publiée par le quotidien "Libération". "D’abord il y a eu cette condamnation à la lapidation. [ ] Maintenant la République d’Iran, émue par la mobilisation internationale, hésite à appliquer le verdict et pense à transformer la lapidation en pendaison. Sakineh attend. Et c’est une autre forme de torture", a-t-il dit.

La défense et Amnesty International soutiennent que Mme Mohammadi Ashtiani n’avait été condamnée initialement que pour avoir eu "une relation illégale" avec deux hommes après la mort de son mari, et que l’accusation de meurtre a été ajoutée ensuite pour justifier la peine capitale. (AFP)