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Depuis quinze ans, les relations entre l’Inde et les Etats-Unis ressemblaient peu ou prou à un long fleuve tranquille. L’administration Bush puis la présidence Obama souhaitaient accompagner la quête de puissance de l’Inde pour aider cette dernière à jouer un rôle plus important en Asie. Objectif pour Washington : disposer d’un allié capable de contrebalancer la puissance chinoise et ses visées expansionnistes en mer de Chine. L’arrivée au pouvoir de Donald Trump a tout remis à plat. Le nouveau président bouscule plusieurs piliers de la diplomatie américaine en Asie. Il multiplie les appels du pied en direction de Pékin, espérant que celle-ci parviendra à raisonner la Corée du Nord et son programme nucléaire débridé.

Tout à sa rhétorique de "l’Amérique d’abord", il entend restreindre les visas pour la main-d’œuvre qualifiée, notamment les ingénieurs informatiques indiens. En avril, Trump a ordonné à plusieurs agences fédérales de réfléchir à une refonte des règles d’attribution. Cette demande est intervenue trois mois après qu’un projet de décret présidentiel a fuité dans la presse. Le document envisageait de réserver les visas aux salariés dont la rémunération serait supérieure à 130 000 dollars par an. Cette initiative, qui doit encore être concrétisée, fut un coup de tonnerre en Inde où les chaînes d’information avaient relayé les inquiétudes des sociétés de services informatiques et d’outsourcing. Celles-ci envoient des milliers d’ingénieurs aux Etats-Unis chaque année.

Une confiance à (re) construire

Vient ensuite le retrait de l’accord de Paris sur le climat le 1er juin. Le locataire de la Maison-Blanche a justifié sa décision en tirant à boulets rouges sur l’Inde et sa contribution à la lutte contre le réchauffement climatique. L’accord de Paris, a lancé Donald Trump, "n’impose aucune contrainte aux pays qui polluent le plus. […] L’Inde conditionne sa participation à l’octroi de milliards de dollars d’aide versée par les pays développés. […] L’Inde a le droit de doubler sa production de charbon tandis que nous, nous allons devoir démanteler toute notre industrie du charbon." C’est dire si la visite officielle qu’entame le Premier ministre indien Narendra Modi sera complexe. Il va devoir construire une relation de confiance avec le président Trump et sauver le partenariat stratégique.

Malgré tout, Modi dispose de quelques atouts. Les Etats-Unis ne sont désormais plus disposés à payer pour la défense de leurs alliés, ils ont donc plus que jamais besoin de partenaires militairement solides en Asie. "Tôt ou tard, l’Amérique aidera l’Inde à jouer un rôle plus important pour stabiliser l’Asie du Sud et l’océan Indien", note l’éditorialiste Raja Mohan dans les colonnes de l’"Indian Express" qui voit dans le repli américain une opportunité pour l’Inde d’accélérer sa quête de puissance.

Signature de contrats

Le 23 juin, des sources gouvernementales à Delhi ont révélé qu’un contrat de plus de 2 milliards de dollars pour la vente de 22 drones de surveillance maritime pourrait être officialisé durant la visite de Narendra Modi.

Si tel était le cas, ce serait un symbole fort. Ces engins n’ont pour l’instant été exportés qu’à des alliés membres de l’Otan. La vente devra cependant être approuvée par le Congrès.

Autre dossier important : la cession éventuelle de chasseurs F-16 block 70 ultra-modernes à l’armée de l’air indienne. Ce n’est pour l’instant qu’un projet : les forces aériennes souhaitent acquérir 200 à 250 appareils de combat léger pour remplacer les vieux Mig-21, et le F-16 est en compétition avec le Gripen de Saab. Une semaine avant l’arrivée de Modi à Washington, Lockheed Martin, espérant placer son avion, a annoncé un partenariat avec l’Indien Tata pour coproduire le modèle en Inde.