International "Quand on cite le nom de Moïse Katumbi devant la Majorité présidentielle, ils deviennent fou", expliquait, le 10 mars, à La Libre Christian Mwando, président de l'Unadef (l'union nationale des démocrates fédéralistes), parti membre du G7, une des principales plate-forme de l'opposition congolaise. "Depuis la semaine dernière, c'est pire encore", explique un autre membre de l'opposition. "Parce que maintenant, la majorité présidentielle voit Katumbi partout".

Il est vrai que ces derniers jours, l'ex-gouverneur de l'ex-province du Katanga a été omniprésent aux portes de la République démocratique du Congo, lui qui vit en exil depuis dix mois et sa condamnation à trois ans de prison pour une étrange histoire de bien spolié.

Le 8 mars dernier, Moïse Katumbi est apparu, à la surprise générale, sur les écrans de nombreuses télévisions africaines alors qu'il assistait à un match de football en Zambie. "Je suis membre de la CAF (Confédération africaine de football), a expliqué à La Libre Moïse Katumbi. "J'ai donc assisté à ce match entre les équipes nationales de jeunes de la Zambie et de l'Afrique du Sud. Rien de plus naturel", conclut-il.

Mais le pouvoir congolais ne l'entend pas de cette oreille. Pour lui, il s'agit d'une "provocation de Moïse Katumbi", explique un membre de la majorité qui rappelle que la justice congolaise a "condamné Monsieur Katumbi".

Un courrier officiel de l'ambassade de la RDC est ainsi arrivé sur le bureau du ministre zambien des Affaires étrangères. Un courrier que La Libre s'est procuré. Dans cette missive, les autorités congolaises interrogent leurs homologues zambiennes sur les raisons pour lesquelles elles ont accordé un visa d'entrée sur leur territoire à Moïse Katumbi qui, selon ce courrier, "se présente lui-même comme le principal ennemi du président Joseph Kabila, voyage dans le monde entier pour appeler à l'arrestation les autorités congolaises" ou "réclame des sanctions de la communauté internationale contre les institutions de la RDC". Et de poursuivre par cette question pour le moins surprenante : "Quelle serait la réaction du gouvernement zambien si M. Hakainde Hichilema (un des principaux opposants au président zambien Edgar Lungu) se retrouvait sur le territoire congolais et était reçu par les plus hautes autorités du pays? "

"Un courrier pour le moins surprenant", reconnaît-on diplomatiquement du côté zambien qui se demande si l'Union européenne ou l'Afrique du Sud va recevoir le même type de courrier dans les prochains jours "vu que Monsieur Katumbi était ce mercredi à Johannesbourg?"

© D.R.
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100 000 tonnes de farine

Moïse Katumbi ne s'est en effet pas caché lors de son voyage en Afrique du Sud où il s'est rendu pour acheter 100 000 tonnes de farine de maïs qu'il entend expédier rapidement au Katanga et dans les Kasaïs, des états ou ce bien de première nécessité est devenu impayable pour la plupart des habitants. "La farine de maïs, c'est notre aliment de base", explique M. Georges Badibanga, joint chez lui à proximité de Likasi. "Aujourd'hui, le sac de 25 kilos coûte minimum 40 dollars, c'est impayable. Avant, on a déjà connu des flambées de prix quand les saisons étaient mauvaises ou quand il y avait des violences qui empêchaient les récoltes, mais le gouverneur Katumbi se démenait alors pour importer de grosses quantités de Zambie ou d'Afrique du Sud. On a appris par les réseaux sociaux qu'il vient de refaire la même chose même s'il n'est plus gouverneur. J'espère que les autorités vont autoriser à ce que cette farine franchisse la frontière. Ils ne peuvent pas jouer avec la santé de plusieurs milliers de personnes", conclut-il. 

Les proches de Moïse Katumbi expliquent qu'une lettre a été transmise aux autorités de plusieurs provinces pour demander que cette "farine puisse être vendue rapidement. On attend la réponse mais on n'imagine pas qu'elles puissent refuser ce coup de main".

Un coup de main vu, par nombre d'observateurs,  comme un coup de massue de la part de Moïse Katumbi qui a mis ainsi en exergue l'incapacité des actuelles autorités à subvenir aux besoins de base de leurs concitoyens.