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Qu’on se le dise, la Russie eurocentrique appartient au passé. Moscou a abandonné la voie européenne qu’il avait privilégiée à la chute de l’Union soviétique.

“Je suis convaincu que la majorité en Europe pense que la situation reviendra à la normale quand Vladimir Poutine quittera le pouvoir. Mais oubliez !” , avertit Alexeï Miller, professeur à l’Université européenne de Saint-Pétersbourg, récemment de passage à Bruxelles à l’invitation de l’Institut français des relations internationales.“L’européanisation de la Russie s’est accompagnée de nombreuses irritations mutuelles. La crise ukrainienne les a catalysées, mais les préconditions au conflit étaient déjà là” , analyse Fyodor Lukyanov, rédacteur en chef du magazine “Russia in Global Affairs”. “On ne peut pas s’attendre à un retour au ‘business as usual’, c’est fini. De toute façon, ce qu’on avait, c’était déjà du ‘business as unusual’ !”

Un détachement salvateur

Face à ce constat, alors qu’Européens et Russes sont à couteaux tirés, il devient urgent pour eux de réinventer leurs relations. De passer d’une stratégie de la confrontation à un comportement détaché, comme le prônent les professeurs Miller et Lukyanov dans leur rapport consacré à la “Russie post-européenne en quête d’autonomie” . “Le détachement permet d’éviter un dangereux dérapage vers une nouvelle confrontation” attisée par la jalousie, les insultes, les espoirs déçus, les incompréhensions accumulées ces vingt-cinq dernières années.

Comment Européens et Russes en sont-ils arrivés à ce point de tensions ? Moscou a tenté de trouver sa place dans une grande Europe à la fin de la guerre froide, mais cette stratégie a échoué. L’idée de créer des structures unifiant le continent “de Lisbonne à Vladivostok”, dans un espace commun de sécurité et de coopération économique et humanitaire, a fait long feu. La joint-venture entre ex-rivaux, comme pouvait l’imaginer Mikhail Gorbatchev, n’a jamais vu le jour.

Le barbare et l’apprenti
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