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"Dans ces moments-là de gravité, ce qui compte c’est l’unité, la cohérence et la cohésion." Ainsi Manuel Valls a-t-il justifié, mercredi, le choix de maintenir le projet de déchoir de la nationalité française tous les Français binationaux (de naissance ou à la suite d’une naturalisation) "définitivement condamnés pour un crime contre la vie de la Nation, dont les crimes terroristes". Cette déchéance est une revendication historique de la droite et de l’extrême droite. Mais, c’est un chiffon rouge, pour la gauche. Selon qui cela transformera quelque 3,5 millions de binationaux en "Français de seconde zone", sur lesquels pèsera à jamais "l’épée de Damoclès" d’un bannissement républicain.

"Scandale absolu, honteux"

La "cohérence" qu’invoque le Premier ministre est relative. Ce projet confirmé est, certes, dans la continuité de la promesse de François Hollande au Congrès de Versailles, après les attentats du 13 novembre. Mais il contredit à la fois les propos publics de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, mardi, et les confidences de Manuel Valls aux médias, ces jours-ci. Quant à "l’unité" et à "la cohésion" revendiquées, elles sont factices, des ministres étant opposés à cette réforme.

"Chacun a droit à ses doutes, ses interrogations, ses questionnements et ses analyses", a ajouté, tendu, l’hôte de Matignon, avouant implicitement ces cacophonies. Mais "la Nation est légitimement en droit d’infliger à celui qui la trahit au plus haut point la sanction lourde" qu’est la déchéance de la nationalité. Et "le respect de la parole présidentielle s’impose à tous". La garde des Sceaux en a pris acte.

La gauche est aussitôt montée aux barricades. Elle a fustigé "un scandale absolu, honteux" (les Verts). "La déchéance morale de Valls et Hollande" (Jean-Luc Mélenchon). "Une catastrophe pour les valeurs de gauche" (les communistes). Une "ligne rouge" qui "déshonore la gauche et la France" (les socialistes "frondeurs").

François Hollande n’en a cure. Les yeux sur les sondages - qui plébiscitent cette déchéance - , il juge moins périlleux politiquement de se couper de cette gauche plutôt que de se renier sur la promesse qu’il a faite à Versailles, et donc d’être accusé par l’opinion de "parjure", comme dit la droite.

Le chef de l’Etat, en somme, tente un coup de poker. Il mise sur le fait que les voix qui lui manqueront à gauche (du fait de cette déchéance) pour voter sa réforme de la Constitution, il les trouvera à droite. Qui, parie-t-il, n’osera pas voter contre le cap ultra-sécuritaire de l’exécutif, qui est salué par l’opinion.

Pari risqué, hasardeux ?

Symboliquement, le pari est lourd à porter. Ainsi, mercredi, le Front national a exulté ("une victoire idéologique", "la bataille des idées gagnées", etc.).

Politiquement, la manœuvre va être ardue à négocier. La droite soumet déjà son vote de la réforme à d’autres gages qu’elle exige de l’exécutif (le limogeage de la ministre Taubira, un durcissement des naturalisations, voire la suppression de la binationalité). Le marchandage risque donc d’être sans fin.

Numériquement, le pari élyséen est jouable, mais ce sera serré. En effet, une très large part du PS est hostile à la déchéance - "ce n’est pas une idée de gauche", selon le n°1 du parti, Jean-Christophe Cambadélis.

François Hollande joue néanmoins son va-tout. Au pire, sa réforme échoue à Versailles. Il se dit que l’opinion lui reprochera moins un tel échec s’il découle du cap ultra-sécuritaire de l’exécutif, trop décomplexé pour la gauche. Plutôt que si le fiasco provient d’un reniement de l’Elysée sur cette déchéance, suivi par un refus de la droite de voter une réforme qu’elle juge trop molle. Réponse en 2016.


Nouveau tour de vis sécuritaire annoncé

Réforme pénale Mercredi, outre le projet de loi constitutionnelle, le Conseil des ministres a validé une réforme de la procédure pénale qui renforce les pouvoirs d’investigation donnés aux parquets. Elle autorise notamment "les perquisitions de nuit en matière de terrorisme, en cas d’atteinte à la vie".

Transports davantage sécurisés Un texte de loi est également en discussion au Parlement. Il permet notamment aux agents des services de sécurité des compagnies de transport de procéder à des palpations de sécurité sur les usagers et de fouiller leurs bagages. Des portiques de sécurité ont également été installés sur les quais du Thalys, à Lille et à Paris.

Droit de tirer donné aux policiers Une "présomption de légitime défense" bénéficiera aux policiers, qui pourront ouvrir le feu avant même d’avoir été visés.

Agents armés Les agents auront également le droit de porter leurs armes y compris en dehors de leurs heures de service. Et les policiers municipaux pourront, plus aisément qu’avant, disposer eux aussi d’armements.