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Nicolas Sarkozy a donc dimanche été investi. Lors d'un congrès sans fausse note, qui a sonné le lancement d'une campagne toute dédiée à l'accomplissement du "projet d'une vie" : son élection à l'Elysée. Que donc en penser ?

Côté pile, pendant ses trente ans de carrière, l'homme a personnifié un dynamisme, une énergie, un volontarisme et une force de travail qui légitimement impressionnent. Il a montré aussi un goût du terrain et un refus de la langue de bois salutaires. On le sait également d'une intégrité personnelle sans failles. Sur ces différents aspects, si en France un plus grand nombre d'hommes politiques avaient été et avaient agi comme lui en cette Vè République que beaucoup d'observateurs étrangers considèrent comme en déclin, le crédit de la classe politique dans ce pays ne serait pas aussi bas qu'il l'est actuellement. Et sans doute aurait-il échappé, le 21 avril 2002, à ce séisme historique qui stupéfia le monde entier.

Mais, côté face, il y a le style Sarkozy : cet activisme qui, en plusieurs occasions ces dernières années (la crise des banlieues, l'affaire Colonna, etc.) a montré qu'il pouvait tourner à de l'agitation dénuée du sang-froid qui est légitimement requis de tout prétendant au sommet de l'Etat.

Il y a aussi le ton Sarkozy, qui fréquemment confond inutilement pugnacité et agressivité.

Il y a encore l'ego de Sarkozy : son obsession de l'image et de la communication qui est au moins aussi fatigante que celle dont fait pareillement preuve Ségolène Royal.

Il y a le discours de Sarkozy : cette attention proclamée au peuple qui, pas si rarement, dérape vers le populisme. Il y a enfin le projet de Sarkozy. On en a encore eu la confirmation dimanche : en fait, il n'est réformiste qu'en économie mais reste profondément et classiquement conservateur (néoconservateur ?) sur nombre de questions de société.

A maints égards, dès lors, - comme le "royalisme" est déroutant par son hétérodoxie idéologique et crispant par, pour l'instant, sa vacuité programmatique - le sarkozysme peut effectivement être considéré comme inquiétant. Et il n'y a rien d'étonnant à ce que, d'après les sondages, il inquiète un Français sur deux.

"J'ai changé", a martelé Nicolas Sarkozy dimanche. On ne l'a pas encore constaté. Comme l'intéressé a, en gros, une chance sur deux d'accéder en mai prochain à l'Elysée, ce changement doit, pour la France, être espéré et réclamé.