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CORRESPONDANTE À ATHÈNES

Georges Alogoskoufis, ministre grec de l'Economie et des Finances, commence à rire jaune... L'audit qu'il a entamé pour «évaluer l'état réel des finances du pays» a un effet boomerang qu'il n'avait pas prévu au départ. Là où il ne voulait que stigmatiser la gestion des socialistes et obtenir une carte blanche pour sa future politique économique du pays, il récolte de la Commission, qui a élargi l'enquête à la période 1997-2003, une procédure d'infraction. Certes, il a obtenu un délai supplémentaire d'un an pour réduire son déficit, mais Athènes est aussi accusée d'avoir triché sur ses déficits pour rejoindre la zone euro...

Son prédécesseur socialiste, Yiannos Papantoniou, s'en étrangle au téléphone: «Je suis profondément révolté, dit-il, les conservateurs ont changé pour des raisons de politique politicienne le mode de comptabilité des dépenses militaires, c'est la seule et unique raison à l'origine de la révision des déficits grecs.» Il n'empêche que la Commission européenne n'en pense pas moins (lire ci-dessus)...

La Grèce consacre en moyenne 5pc de son PIB aux dépenses militaires contre 1 à 2pc pour les autres pays de l'Union. Changer ces dépenses de poste revient à augmenter le déficit de 1,5pc par an. «C'est grotesque, tranche Yiannos Papantoniou. Le matériel militaire commandé s'inscrit au budget au moment de la livraison et pas dans l'année dans laquelle il est commandé. C'est toujours une méthode recommandée par Eurostat et, si les autres pays changeaient leur mode de comptabilisation, ils arriveraient au même résultat que nous, mais n'auraient pas triché pour autant», jure-t-il.

Et de renvoyer à la méthodologie inscrite dans un rapport de la Commission, «disponible pour tout le monde». «Et je suis sûr que M. Almunia (NdlR: le commissaire aux Affaires économiques et monétaires) est au courant, de même que les gens d'Eurostat. Ils savent que la Grèce n'a pas triché.»

Du côté des conservateurs, on se contente de dire que la nouvelle méthode appliquée «est plus juste», mais la grogne monte. Le député européen conservateur Georges Dimitrakopoulos a publiquement dénoncé cet audit, accusant le ministre de l'Economie d'avoir fait preuve dans cette affaire de «naïveté politico-économique dommageable pour le pays». Mais Georges Alogoskoufis affirme maintenant que «la Grèce est entrée dans la zone euro au mérite». C'est un peu tard. Car la Commission continue de juger non fiables les statistiques grecques.

Un retour de bâton que l'actuel grand argentier grec n'avait pas anticipé. Donc, il maintient le cap: «Cela confirme la politique du rétablissement de la transparence des données budgétaires suivie par notre gouvernement», a-t-il déclaré. Difficile, en effet, de dire autre chose.

© La Libre Belgique 2004