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Le président polonais Aleksander Kwasniewski a solennellement demandé pardon aux juifs mardi au nom de ses concitoyens, 60 ans après le massacre de plusieurs centaines de juifs par leurs voisins polonais dans le village de Jedwabne dans le nord-est de la Pologne.

«Pour ce crime, nous devons implorer les ombres des morts et leurs familles de nous pardonner », a déclaré M. Kwasniewski, dans un discours prononcé lors d’une cérémonie retransmise en direct par la télévision publique polonaise.

«Aujourd’hui en tant qu’homme, citoyen et président de la République polonaise, je leur demande pardon en mon nom propre et au nom de ceux des Polonais dont les consciences sont bouleversées par ce crime », a dit M. Kwasniewski devant 3.000 personnes, y compris des familles des victimes.

La cérémonie, grave et émouvante, a commencé sur la place centrale de Jedwabne, un village de 4.000 habitants, sur l’air de la Marche funèbre de Frédéric Chopin. Plusieurs personnes dans l’assistance, où flottaient quelques drapeaux israéliens, avaient les larmes aux yeux.

Le gouvernement polonais était représenté par le ministre des Affaires étrangères Wladyslaw Bartoszewski.

Un évêque a fait le déplacement, mais à titre privé car l’épiscopat polonais, qui a fait acte de «repentir » le 27 mai, n’avait envoyé aucun représentant officiel.

Le chef de l’Etat polonais a expliqué que «les auteurs et instigateurs de ce crime en portent seuls la responsabilité ». «Il ne peut être question d’une responsabilité collective » des Polonais, a-t-il dit.

Mais le fait demeure que «des citoyens polonais ont été tués par d’autres citoyens polonais ». «Nous exprimons ici nos regrets, notre honte et notre contrition, non pas parce que le monde nous écoute, mais parce que nous en avons besoin nous mêmes pour témoigner de la vérité », a-t-il encore dit.

Après le début de la cérémonie, la foule a pris part à une marche silencieuse jusqu’à l’emplacement de la grange où des centaines de juifs, hommes, femmes et enfants, furent poussés par leurs voisins avant d’y être brûlés vifs le 10 juillet 1941.

Un monument y a été érigé le week-end dernier, à la place de celui dont une inscription mensongère a pendant plusieurs décennies attribué ce massacre aux seuls «nazis allemands ».

Ce nouveau monument porte en trois langues (hébreu, polonais, yiddish) l’inscription: «A la mémoire des juifs de Jedwabne et de la région, ces hommes, femmes et enfants habitants de cette terre, assassinés et brûlés vifs sur ce lieu le 10 juillet 1941 ».

Acceptée par la communauté juive de Pologne, cette inscription a été dénoncée par les principales organisations juives mondiales, en particulier le Centre Simon Wiesenthal.

Ce dernier a demandé au président Kwasniewski d’ajouter sur cette plaque une mention de la culpabilité des Polonais dans ce massacre ou, à défaut, «d’annuler toute la cérémonie plutôt que d’inviter des gens à participer à un acte classique de révisionnisme historique ».

L’ambassadeur d’Israël en Pologne Shevach Weiss, présent à Jedwabne, s’est déclaré «convaincu qu’à l’issue de l’enquête une inscription sera ajoutée au monument qui dira la vérité historique ». «C’est ainsi que sera définitivement rendue justice aux victimes de cette tuerie », a-t-il dit.

M. Shevach a rappelé que lui-même, originaire de Pologne, avait été sauvé de l’Holocauste par des Polonais et a lancé un appel à la jeune génération des juifs et des Polonais à combattre l’antisémistisme, le racisme et la violence.

Lundi, des affichettes murales ont fait leur apparition à Jedwabne, signées d’un «Comité de protection de l’honneur de la Pologne », dénonçant «le mensonge de ceux qui accusent les Polonais ».

Longtemps occulté par l’ancien régime communiste, le massacre de Jedwabne fut révélé récemment à l’opinion polonaise dans un livre intitulé «Les voisins » de Jan Tomasz Gross, historien américain d’origine polonaise selon qui 1.600 juifs ont péri lors de ce massacre.

Ce livre a provoqué un grand choc psychologique en Pologne et un débat national sur l’antisémitisme et les rapports entre juifs et Polonais. (AFP)