International Le pays a commémoré le cinquième anniversaire du crash de l’avion présidentiel.

Devant le palais présidentiel à Varsovie, des milliers de fleurs et cierges ont été posées en forme de croix pour commémorer le cinquième anniversaire du crash de l’avion présidentiel polonais à Smolensk en Russie. Des milliers de Polonais y ont afflué toute la journée en mémoire du président Lech Kaczynski, son épouse et des 94 autres victimes, députés, sénateurs, généraux, qui le 10 avril 2010 ont trouvé la mort à bord de son avion. Le Toupolev-154 se rendait ce matin fatal à Katyn près de Smolensk, le lieu symbole du martyre de quelque 21 000 officiers polonais tués par NKVD, la police politique de Staline en 1940, pour y célébrer le 70e anniversaire du massacre.

"Nous gagnerons, nous réaliserons le testament politique du président Lech Kaczynski. La Pologne sera de nouveau digne de lui", leur a promis son frère jumeau et ancien Premier ministre Jaroslaw Kaczynski, qui dirige le principal parti d’opposition Droit et Justice (PiS, conservateur). Ce message invite ses partisans à resserrer les rangs avant les élections présidentielles qui se tiendront dans un mois et les législatives, à l’automne.

Pour l’opposition, "c’était un attentat"

"Sans la vérité sur Smolensk, nous n’aurons jamais la liberté" en Pologne, a déclaré M. Kaczynski, accusant implicitement l’Etat dirigé par les libéraux de la Plateforme civique, au pouvoir depuis huit ans; de la cacher.

La vérité, telle que la clame le PiS, dit que Lech Kaczynski "a été tué". "Ce fut un attentat", lit-on sur une banderole géante, en polonais, allemand et russe. "Poutine a éliminé notre président car il était le seul homme politique en Europe à s’opposer à sa politique expansionniste de l’espace post-communiste", assure Izabella Galicka, historienne de l’art, âgée de 82 ans. "Les enquêteurs officiels (qui ont conclu la faute des pilotes polonais et des contrôleurs russes de l’aéroport, NdlR) marchent au pas des enquêteurs russes. Seule une enquête internationale et indépendante sur Smolensk pourrait ressortir la vérité, mais ce n’est dans l’intérêt d’aucun pays au monde de s’opposer à la Russie, tant la France, l’Allemagne, ont trop d’intérêts économiques avec la Russie. La Pologne est seule comme en 1939 et personne ne va pas mourir pour Gdansk", estime-t-elle. "Les Européens vont se réveiller trop tard quand Poutine fera de nouvelles annexions, les Baltes d’abord, la Pologne après", avertit-elle.

Reste que la vérité officielle délivrée au terme de l’enquête, est celle d’un accident tragique. Ce matin-là un épais brouillard recouvrait l’aéroport militaire obsolète de Smolensk. De nouvelles transcriptions des conversations dans le cockpit de l’avion enregistrées par une des boîtes noires ont montré que les pilotes ont subi des pressions des supérieurs, notamment du commandant en chef de l’armée de l’air, le général Andrzej Blasik, présent dans le cockpit.

"Personne ne changera d’avis"

"Qu’on le veuille ou non, le crash de Smolensk est de nouveau présent dans le discours politique, mais de manière plus modérée", souligne le spécialiste en marketing politique Eryk Mistewicz. "Smolensk fait réapparaître deux camps opposés, retranchés dans leurs positions et que rien ne fera changer d’avis. Mais lors de cette campagne, les deux parties préfèrent arrondir les angles. Les partisans du complot sont déjà convaincus, et le PiS sait que Smolensk ne fera pas entrer dans son filet de nouveaux partisans parmi les indécis, et c’est pour gagner les voix des modérés que se joue la bataille en ce moment."

Les libéraux ne cherchent pas la confrontation sur un sujet aussi délicat et ont choisi la sérénité et le recueillement des commémorations. Aucun de deux principaux candidats n’a donc parlé vendredi de Smolensk directement, leurs états-majors ayant visiblement donné pour consigne de ne pas en faire de cheval de bataille, les bénéfices pourraient être minimes.

Ainsi, il semble que le favori de cette élection, le président sortant Bronislaw Komorowski, 62 ans, garde une avance confortable, d’une vingtaine de points de pourcentage sur son rival, Andrzej Duda, 42 ans, le dauphin de Kaczynski et un novice en politique promulgué pour ce combat à première vue perdu d’avance par le leader du PiS.